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La B12, marqueur d’une alimentation omnivore

De toutes les vitamines, la vitamine B12 (ou cobalamine) est celle dont la structure chimique est la plus grande et la plus complexe. Bien que cette vitamine soit déterminante pour diverses fonctions physiologiques de base, nous, humains, sommes cependant bien incapables de la synthétiser, de sorte qu’il nous faut nous la procurer par l’alimentation. Il est cependant très facile de s’en procurer, puisqu’on la retrouve largement dans les produits animaux : viandes, poissons, lait, œufs…

Qu’il s’agisse de nutrition humaine, d’environnement, de « clean label », tous les feux sont actuellement au vert pour la consommation de végétaux. Tout l’inverse pour les produits animaux, pour lesquels on en vient presque à oublier pourquoi leur consommation est essentielle. En ce sens, le sujet de la vitamine B12 est salutaire, car il nous rappelle que les produits animaux sont pourvus de nutriments essentiels pour l’Homme, parfois non retrouvés dans le règne végétal. Nos ancêtres de la Préhistoire ne s’y trompaient pas en chassant le mammouth, souvent au péril de leur vie, mais ignorant évidemment le rôle de cette vitamine si précieuse.

Qu’on ne s’y trompe pas aujourd’hui : les copies végétales de produits animaux dans les supermarchés et les fast-foods sont « naturellement » dépourvues de vitamine B12. On pourra arguer que le progrès technologique permettra toujours d’ajouter artificiellement de la vitamine B12 ; on cherchera donc longtemps à imiter des aliments animaux naturels, si complexes dans leur composition.

Etienne GUILLOCHEAU, PhD, Consultant en nutrition et affaires scientifiques, FOODINNOV NUTRITION

SYNTHÈSE

La B12, une vitamine pas si bête

Qu’est-ce que la vitamine B12 ?

La vitamine B12, ou cobalamine, est une vitamine hydrosoluble. Cette grosse molécule (1300-1500 Da) est constituée d’un noyau corrinoïde autour d’un ion cobalt central, une structure proche de celle de l’hème mais avec du cobalt en lieu et place du fer (d’où son nom). Dans l’alimentation, elle est le plus souvent complexée avec des protéines dont elle est libérée dans l’estomac, avant d’être en partie absorbée au niveau de l’iléon.

La cobalamine existe sous plusieurs formes, dont les formes biologiquement actives (méthylcobalamine, 5′-déoxyadénosylcobalamine) et la cyanocobalamine, la forme synthétique utilisée pour l’enrichissement et les compléments alimentaires. Et une autre forme, puisque la cobalamine existe aussi sous forme hydroxycobalamine ( R=0H sur la formule), non active biologiquement chez l’homme.

Concernant le dosage de la vitamine B12, certaines méthodes analytiques utilisées ne garantissent pas la présence des formes naturelles actives chez l’Homme et dosent également des analogues de vitamine B12 inactifs, comme la cyanocobalamine ou l’acide méthylmalonique (MMA).  Cette difficulté analytique est très probablement à l’origine de résultats contradictoires de certaines études.

Cette vitamine ne peut pas être synthétisée par l’être humain, elle doit absolument être apportée par l’alimentation. En effet, seules certaines bactéries ont la capacité de synthétiser la B12 : elle est ensuite cumulée sur la chaîne alimentaire jusqu’aux animaux, qui sont consommés par les humains et constituent leur seule source d’apport (hors supplémentation). Les aliments d’origine végétale sont habituellement dépourvus de vitamine B12, sauf s’ils ont été exposés à une fermentation microbienne (comme le tempeh) ou contiennent de la levure (comme la bière ou le pain).

 

Quel est le rôle de la vitamine B12 dans l’organisme ?

La cobalamine est une coenzyme nécessaire à deux réactions majeures dans l’organisme :

– Le métabolisme du propionate dans les mitochondries, dans le cycle de Krebs ;

– La synthèse de la méthionine, l’un des neufs acides aminés indispensables, à partir de l’homocystéine, en interaction avec les folates.

La vitamine B12 a donc un rôle majeur dans l’organisme puisqu’elle est nécessaire au fonctionnement de toutes les cellules et à la synthèse de l’ADN, entre autres.

L’Efsa a validé scientifiquement les implications suivantes pour la cobalamine :

  • Métabolisme énergétique ;
  • Formation des globules rouges ;
  • Fonctionnement du système immunitaire ;
  • Processus de division cellulaire ;
  • Fonctionnement du système nerveux ;
  • Métabolisme de l’homocystéine ;
  • Fonctions psychologiques ;
  • Réduction de la fatigue.

Quels sont les risques liés à une carence en cobalamine ?

Les manifestations cliniques de la carence sont les pendants des rôles indiqués précédemment.

L’expression clinique la plus fréquente d’une carence en cobalamine est l’anémie mégaloblastique, qui affecte les globules rouges et toutes les autres cellules sanguines. Les stades les plus avancés présentent des symptômes résultant d’une diminution de l’apport d’oxygène, tels que la fatigue ou l’essoufflement. En raison des fonctions interdépendantes de la cobalamine et des folates, l’anémie et ses mécanismes sont identiques dans les carences des deux vitamines, mais avec un début plus tardif dans le cas d’une carence en cobalamine.

Indépendamment de l’anémie mégaloblastique, le dysfonctionnement neurologique (dont la myélopathie, la neuropathie et les anomalies neuropsychiatriques, et dans une moindre mesure l’atrophie du nerf optique) est une autre caractéristique clinique de la carence en cobalamine due à des lésions démyélinisantes progressives de la substance blanche dans la moelle épinière et le cerveau. Les caractéristiques cérébrales cliniques sont associées à des symptômes mentaux, tels que l’irritabilité, des troubles de la mémoire, la dépression et, en cas de carence sévère ou à un stade avancé, une maladie semblable à la démence, une psychose avec hallucinations et paranoïa peut survenir.

Chez les nourrissons, la carence en cobalamine entraîne un certain nombre de symptômes neuromusculaires et développementaux et peut être associée à une atrophie cérébrale.

Les objectifs nutritionnels sont-ils atteints pour la vitamine B12 en France ?

Les apports en vitamine B12 chez les enfants de 0 à 10 ans sont estimés à 3,6 µg / jour en moyenne d’après les dernières données INCA 3, avec de fortes variations selon l’âge (de 1,8 à 4,5 µg / jour). Pour les adolescents (11 à 17 ans), l’apport est de 4,5 µg / jour en moyenne avec des apports significativement moins élevés chez les filles. Les adultes, enfin, ingèrent en moyenne 5,4 µg de vitamine B12 par jour.

Les femmes adultes ont des apports inférieurs à ceux des hommes (la différence est significative, sauf chez les plus de 65 ans) :

Les apports sont donc globalement suffisants pour la population générale, pour les enfants comme pour les adultes. L’Efsa notait en 2015 que la carence est « rare chez les adultes vivant dans les pays développés, mais est plus souvent relevée chez les végétaliens ou les habitants de pays moins développés. »

Chez les femmes enceintes, la vitamine B12 fait partie des nutriments dont les apports doivent être revus à la hausse. D’après les résultats obtenus sur la cohorte Elfe, relayés par l’Anses, plus de 25 % des femmes enceintes n’atteignent pas ces apports satisfaisants.

On peut noter qu’il n’existe pas de limite de sécurité pour cette vitamine, aucun effet adverse n’ayant été démontré même à de fortes doses ; la B12 en excès est simplement éliminée dans les fèces.

Où se trouve la vitamine B12 ?

Les données issues du CIQUAL indiquent que les aliments les plus riches en vitamine B12 sont d’origine animale :

  • Les abats : foie, rognons (toutes origines)
  • Les mollusques : palourdes, poulpe, huîtres, moules
  • Les poissons gras : anchois, maquereau, hareng, sardine

Il est intéressant de constater que certaines algues comme le nori (Porphyra sp.) et l’Ao-nori (Enteromorpha sp.), sous forme séchée, sont des sources de vitamine B12 prometteuses, puisqu’elles apportent entre 30 et 40 µg de vitamine B12 pour 100 g. L’Anses (2017) considère toutefois que la spiruline « ne constitue pas une source fiable de vitamine B12 pour les populations végétaliennes ».

Les contributeurs majeurs aux apports en vitamine B12 des Français sont, d’après les résultats de l’étude INCA 3 :

  • Les viandes (hors volaille), le lait et les boissons chaudes, pour les enfants ;
  • Les viandes (hors volaille), le lait et les poissons, pour les adolescents ;
  • Les viandes (hors volaille), les poissons et les crustacés & mollusques pour les adultes.

Ces données permettent d’anticiper que les personnes végétariennes (non consommatrices de viande, poisson et crustacés/mollusques) se privent de sources majeures de cette vitamine. D’ailleurs, on peut constater que les femmes, qui ont des apports en vitamine B12 moindres que les hommes, consomment aussi des quantités de viande moins importantes (34,1 g / j en moyenne contre 61,2 g / j).

Le lien entre la déficience en vitamine B12 et les régimes végétariens est-il fondé ?

Comme vu précédemment, la vitamine B12 est présente majoritairement dans les produits animaux, dans la viande et abats en particulier. D’après la dernière position de l’Academy of Nutrition and Dietetics (Etats-Unis), les végétaliens, qui excluent tous les produits d’origine animale de leur alimentation, doivent absolument consommer des sources fiables de vitamine B12 (compléments alimentaires, aliments enrichis) car ils courent un réel risque de déficit. Elle recommande également aux végétariens d’être supplémentés, car malgré leurs apports en produits laitiers, « une tasse de lait et un œuf par jour ne fournissent qu’environ les deux tiers de l’apport nutritionnel recommandé ». Pour rappel, les dernières données de l’étude INCA 3 relèvent que 1,8 % d’adultes suivent un régime végétarien en France, dont environ 0,1 % de végétaliens. Pour ces populations, l’Anses  s’est autosaisie afin de proposer des repères de consommation spécifiques, déclinés des recommandations du PNNS 4 (voir à ce sujet la Lettre Nutrition & Santé n°140—novembre 2019).

Existe-t-il des carences particulières chez les sujets obèses ?

Les carences chez les sujets obèses ont été mises en évidence principalement concernant les vitamines liposolubles (A, D, E, K), mais aussi pour certaines vitamines hydrosolubles comme la thiamine (B1), les folates (B9), la B6 et la B12 ainsi que la vitamine C. Les fréquences des carences sont très variables dans ces études : de 0 à 63 % de sujets carencés pour la

vitamine B9, de 8 à 34 % pour la B12. Cette fréquence est d’autant plus difficile à évaluer que certains prennent des compléments alimentaires et que les seuils (cut-off) et méthodes de dosages diffèrent selon les laboratoires d’analyse. Ces déficits vont souvent se cumuler avec d’autres en minéraux (fer, phosphore, magnésium, zinc…).

Ils sont liés à une combinaison de facteurs :

1) Une diminution des apports exogènes, liée à des apports alimentaires inappropriés :

⇒ Une alimentation de type « occidental » caractérisée par peu d’aliments bruts et beaucoup d’aliments (ultra-)transformés (plats préparés…) et une haute densité énergétique couplée à une faible qualité nutritionnelle : peu de légumes verts, de fruits, de céréales (complètes), de légumineuses et peu de micronutriments.

Damms-Machado a démontré, lors d’une étude observationnelle, que les personnes obèses (n=104, dont 76 femmes) avaient des apports en micronutriments significativement inférieurs à la population de référence. En particulier, 99 % des femmes et 100 % des hommes avaient des apports alimentaires en folates inférieurs aux apports nutritionnels de référence (DRI).

⇒ Des restrictions alimentaires répétées (« régimes »), sous forme d’alimentation hypocalorique, hyperprotéinée ou encore de périodes de jeûne.

Les déficiences observées sont à mettre en parallèle avec l’alimentation adoptée durant les périodes de régimes. En effet, si le régime adopté est composé de produits spécifiquement destinés à cet usage et enrichi en micronutriments (type préparations en poudre enrichies en vitamines et minéraux), la déficience naturellement présente n’augmentera pas, voire pourra diminuer dans le cas de certains nutriments.

2) Une augmentation des besoins due à :

⇒ Une altération de la biodisponibilité, avec en particulier une séquestration des vitamines liposolubles ;

⇒ Une augmentation des pertes, démontrée pour le zinc (augmentation de l’excrétion urinaire) notamment ;

⇒ Une capture par le microbiote.

Quelles sont les conséquences de ces carences spécifiques pour les personnes obèses ?

La vitamine B12 est un cofacteur dans le métabolisme de l’homocystéine en méthionine ; par conséquent, une carence en vitamine B12 peut entraîner une hyperhomocystéinémie. Cette dernière est corrélée à la résistance à l’insuline et au développement de maladies cardiovasculaires par une augmentation du stress oxydatif, un profil lipidique favorisant l’athérome (augmentation des triglycérides et du ratio cholestérol total / HDL) et une augmentation significative du risque de coronaropathie.

Une supplémentation à long terme (10 ans) de vitamine B12 a été associée à des gains de poids moindres chez les individus en surpoids ou obèses. Cet effet peut être lié à la vitamine B12 en tant que cofacteur de la méthylmalonyl CoA mutase conduisant au succinyl CoA (intermédiaire du cycle de Krebs) qui aide à contrôler les dépenses caloriques et la disponibilité énergétique. La contribution à la production de globules rouges est également importante car une carence en vitamine B12 peut entraîner une anémie, ce qui entraîne de la fatigue et un manque d’envie de faire de l’exercice.

Les corrections par le biais de supplémentations ont montré des résultats controversés et il existe peu d’études chez l’humain. Les tendances sont en faveur d’une intervention précoce, avant la survenue des manifestations cliniques, particulièrement métaboliques et cardiovasculaires.

 

Synthèse effectuée par Clarisse LEMAITRE, Consultante FOODINNOV NUTRITION

 

Références bibliographiques

ANSES (2017). Avis de l’Anses et Rapport d’expertise collective Etude individuelle nationale des consommations alimentaires (Etude INCA3)  (saisine 2014- SA-0234). https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014SA0234Ra.pdf

D’après Dr Agnès SALLE, « Statut en vitamines et oligo-éléments chez le sujet obèse », intervention lors de la session SFVB / SFERETE  des Journées Francophones de Nutrition, à Rennes, le 29/11/2019

Thomas-Valdés, S., Tostes, M. das G. V., Anunciação, P. C., da Silva, B. P., & Sant’Ana, H. M. P. (2016). Association between vitamin deficiency and metabolic disorders related to obesity. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 57(15), 3332–3343. doi:10.1080/10408398.2015.1117413 

Damms-Machado, A., Weser, G. & Bischoff, S.C (2012). Micronutrient deficiency in obese subjects undergoing low calorie diet. Nutr J 11, 34 (2012) doi:10.1186/1475-2891-11-34

Melina, V., Craig, W., & Levin, S. (2016). Position of the Academy of Nutrition and Dietetics: Vegetarian Diets. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 116(12), 1970–1980. doi:10.1016/j.jand.2016.09.025 

EFSA Panel NDA, 2009. Scientific opinion on the substantiation of health claims related to vitamin B12 […] pursuant to Article 13(1) of Regulation (EC) No 1924/2006 on request from the European Commission. EFSA Journal 2009; 7(9): 1223. [16 pp.]. doi:10.2903/j.efsa.2009.1223.

EFSA Panel NDA, 2010. Scientific Opinion on the substantiation of health claims related to vitamin B12 […] pursuant to Article 13(1) of Regulation (EC) No 1924/2006. EFSA Journal 2010;8(10):1756. [23 pp.]. doi:10.2903/j.efsa.2010.1756.

EFSA NDA Panel, 2015. Scientific Opinion on Dietary Reference Values for cobalamin (vitamin B12). EFSA Journal 2015;13(7):4150, 64 pp. doi:10.2903/j.efsa.2015.4150

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