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Un peu plus de 150 entreprises dans le monde travaillent sur le développement de protéines de culture. En France, aucune demande d’autorisation de mise sur le marché n’a encore été déposée en tant que nouvel aliment, mais le sujet a attiré cette année l’attention de la commission des affaires économiques du Sénat puisqu’une mission d’information a été menée. Un rapport de 174 pages, publié en avril, appelle à la vigilance et à l’encadrement de cette technologie (voir notre article).

Force est de constater que les protéines alternatives, y compris la viande cultivée, suscitent un intérêt croissant en raison des pressions démographiques et environnementales. Selon EY Fabernovel, en 2022, ce marché pesait 21,6 milliards de dollars. Aux côtés des alternatives végétales, les protéines de culture sont considérées comme la partie la plus expérimentale. Seules deux autorisations de mise sur le marché ont été obtenues jusqu’à présent, à Singapour en 2020 pour les nuggets de poulet d’EatJust, et aux États-Unis il y a un an pour le poulet cultivé d’Upside Foods.

Les États-Unis ont montré un fort soutien à cette technologie, avec des subventions accordées dès 2021 pour la recherche, sans même attente le feu vert de la FDA (Food and Drug Administration). La Chine, Israël et les Pays-Bas ont également intégré l’agriculture cellulaire dans leurs plans de développement. Dans ce dernier pays, l’industrie cellulaire est explicitement présentée comme étant l’un des cinq piliers de la stratégie nationale pour l’autonomie protéique.

En France, cependant, les soutiens publics sont bien plus modestes en raison de priorités jugées plus prometteuses et moins coûteuses ; la recherche est alors essentiellement conduite par des entreprises privées. La start-up Gourmey a par exemple a mis au point un foie gras « de culture » à partir de cellules prélevées dans des œufs de cane fécondés. Après avoir installé son site pilote dans à Paris grâce à deux levées de fonds (58 millions d’euros), Gourmey a déposé fin 2022, un dossier de demande d’autorisation de mise sur le marché de son produit aux États-Unis et à Singapour ; la jeune start-up espère un feu vert d’ici fin 2024. L’entreprise Vital Meat est également sur le pied de guerre, elle a développé de la pâte de poulet à partir de lignées cellulaires cultivées, à laquelle les industriels de l’agroalimentaire et les chefs cuisiniers ajoutent de la protéine végétale pour texturer l’ingrédient et le transformer en produit fini. Vital Meat, qui travaille ainsi uniquement en B to B et qui est en phase préindustrielle, compte également attaquer le marché de la viande cultivée d’abord par Singapour, puis par les États-Unis et, enfin, l’Europe.

Une start-up israélienne, Aleph Farms, a déposé des demandes d’autorisation de mise sur le marché de viande cultivée en Israël, aux Etats-Unis, à Singapour et puis dernièrement (cet été) en Suisse auprès de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) et au Royaume-Uni auprès de la FDA. Son objectif est d’arriver à commercialiser ses produits d’ici la fin de l’année.

Les défis à relever avant de pouvoir proposer de la viande cultivée aux consommateurs restent importants. D’une part, le verrou réglementaire est clairement majeur, notamment en Europe ; et d’autre part, l’acceptabilité des consommateurs vis-à-vis de ces produits n’est pas si évidente. Sont-ils prêts à manger ces produits et si oui à quel prix ? Les acteurs du secteur sont en tous les cas déjà dans les starting blocks.

Source : « Mangera-t-on vraiment de la viande cultivée ? », par Marie Cadoux, publié sur le site web de LSA, 03/11/2023.