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La notion de « santé intestinale » est largement utilisée dans les secteurs de la nutrition, des compléments alimentaires et des aliments fonctionnels, mais elle ne reposait jusqu’à récemment sur aucune définition scientifique consensuelle.

En février 2026, un groupe de 13 experts réunis par l’International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics (ISAPP) a proposé, pour la première fois, un cadre conceptuel structuré visant à clarifier cette notion. Ce travail, publié dans Nature Reviews Gastroenterology and Hepatology, constitue une avancée importante pour harmoniser les approches de recherche et mieux aligner les études cliniques avec les attentes des consommateurs.

La santé intestinale est définie comme:

« un état de fonctionnement gastro-intestinal normal, sans maladie gastro-intestinale active ni symptômes intestinaux affectant la qualité de vie ».

Cette définition adopte une approche fonctionnelle et dynamique, centrée sur l’absence d’altération clinique ou symptomatique significative. Le terme recouvre l’ensemble du tractus gastro-intestinal, incluant les fonctions et processus associés à la bouche, au pharynx, à l’œsophage, à l’estomac, à l’intestin grêle, au côlon, au rectum et à l’anus. Dans ce contexte, les termes « santé intestinale » et « santé gastro-intestinale » peuvent être considérés comme équivalents, tandis que la notion de « santé digestive » apparaît plus restrictive, car centrée spécifiquement sur les processus de digestion et d’absorption.

La définition insiste sur l’absence de maladie active plutôt que sur l’absence de pathologie en tant que telle. Ainsi, des individus atteints de maladies chroniques telles que la maladie cœliaque ou les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) peuvent être considérés comme présentant une bonne santé intestinale en phase de rémission complète, tant sur le plan clinique que pathologique. Cette approche met clairement en avant le rôle central de la fonction gastro-intestinale et de l’expression symptomatique dans l’appréciation de la santé intestinale.

Pour structurer cette notion, les experts ont identifié six domaines fonctionnels interdépendants qui, ensemble, définissent la santé intestinale :

  • Digestion : capacité à dégrader les aliments et à assurer une absorption efficiente des nutriments.
  • Microbiote intestinal : la composition, la diversité et les fonctions métaboliques contribuent de manière déterminante à l’homéostasie intestinale.
  • Barrière intestinale : intégrité structurale et fonctionnelle de la muqueuse, ainsi que capacité à réguler la perméabilité et à limiter le passage de substances indésirables.
  • Système immunitaire intestinal : impliqué dans la défense contre les agents pathogènes tout en maintenant une tolérance immunitaire vis-à-vis des antigènes non délétères.
  • Métabolisme intestinal : interactions hôte-microbiote et production de métabolites bioactifs (acides gras à chaîne courte, dérivés du tryptophane, etc.).
  • Axe intestin-cerveau : interactions bidirectionnelles entre le système digestif et le système nerveux, influençant à la fois les fonctions digestives et des paramètres systémiques tels que le stress ou l’humeur.
 

 Un apport majeur de ce consensus réside dans l’intégration explicite de la dimension subjective de la santé intestinale au sein du cadre scientifique. Les auteurs soulignent que la pertinence des résultats cliniques ne peut être évaluée uniquement à l’aune de biomarqueurs physiologiques, mais doit également reposer sur des bénéfices perceptibles pour les individus. Dans cette perspective, des critères tels que le confort digestif, la réduction des ballonnements, la normalisation du transit ou l’absence de douleurs abdominales constituent des indicateurs centraux, en lien direct avec les attentes des consommateurs et les usages des produits.

Les auteurs mettent toutefois en évidence un décalage significatif entre les pratiques actuelles de recherche et ces exigences. De nombreux essais cliniques reposent sur des paramètres biologiques (par exemple la perméabilité intestinale ou certains marqueurs indirects) dont la corrélation avec des bénéfices cliniquement pertinents n’est pas toujours établie. Ce déficit de validation entre biomarqueurs et effets perçus constitue un enjeu méthodologique majeur pour l’évaluation de l’efficacité des interventions nutritionnelles, en particulier dans le champ des probiotiques et des prébiotiques. Le consensus insiste ainsi sur la nécessité de concevoir des études intégrant à la fois des mesures physiologiques robustes et des critères cliniques significatifs, directement interprétables par les utilisateurs finaux.

Il est également précisé que cette définition ne constitue pas un cadre réglementaire et n’a pas vocation à modifier les exigences en matière d’allégations de santé, qui restent régies par des cadres spécifiques. Néanmoins, elle fournit une base scientifique harmonisée susceptible d’améliorer la conception des études, de clarifier les cibles des interventions et, à terme, de renforcer la démonstration des effets des produits. Elle ouvre également la voie à des approches plus personnalisées de la santé intestinale, en reconnaissant l’hétérogénéité des besoins et des attentes des individus en matière de bénéfices fonctionnels.

Source: Marco ML, Cunningham M, Bischoff SC, Clarke G, Delzenne N, Lewis JD, Meisel M, Merenstein D, O’Toole PW, Staudacher HM, Szajewska H, Wells JM, Quigley EMM. The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics (ISAPP) consensus statement on the definition and scope of gut health. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2026.