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Connaître précisément ce que mange la population est indispensable pour élaborer des recommandations nutritionnelles, évaluer les risques liés à l’alimentation et orienter les politiques de santé publique. Mais pour être pertinentes, ces données doivent être régulièrement actualisées. En France, les grandes enquêtes INCA ont fourni des informations détaillées sur les consommations alimentaires entre 1998 et 2015, tandis que les enquêtes Comportements et consommations alimentaires en France (CCAF) ont également suivi l’évolution des comportements alimentaires jusqu’en 2019. Une étude publiée en août 2026 dans Frontiers in Nutrition présente Nutrimétrie, un nouveau dispositif conçu pour assurer une surveillance continue de l’alimentation et de certains indicateurs nutritionnels en France.
L’objectif de cette publication n’est pas encore de dresser un panorama complet de l’alimentation des Français. Les chercheurs décrivent principalement la méthodologie de Nutrimétrie, son taux de participation et la qualité des premières données recueillies en 2024. À terme, l’ambition est de disposer régulièrement de données actualisées sur les aliments consommés, les apports en nutriments, leur adéquation avec les recommandations, mais aussi sur l’IMC, l’activité physique et les comportements sédentaires.

Nutrimétrie est une enquête transversale continue mise en place en France métropolitaine depuis février 2024. Pour cette première année, 3 201 participants ont été inclus, dont 2 193 adultes âgés de 18 à 79 ans et 1 008 enfants de 3 à 17 ans.
Le recrutement a été effectué en ligne, principalement à partir de publicités ciblées sur Facebook et Instagram. Afin de se rapprocher de la structure de la population française, les chercheurs ont appliqué des quotas portant notamment sur l’âge, le sexe, la région, la taille de l’agglomération, la composition du foyer et la catégorie socioprofessionnelle. Les résultats ont ensuite été pondérés à partir des données du recensement de l’INSEE de 2021.
Chaque participant devait renseigner pendant trois jours l’ensemble des aliments et boissons consommés. Le carnet alimentaire permettait de préciser les quantités, les marques, les moments et lieux de consommation ainsi que différents éléments liés au contexte du repas. Des photographies standardisées étaient proposées pour faciliter l’estimation des portions. Les participants renseignaient également leur poids et leur taille, leur activité physique, leur sédentarité, leur sommeil et différentes caractéristiques de leurs habitudes alimentaires.
L’une des particularités de Nutrimétrie concerne le traitement des aliments composés. Une pizza, une quiche ou un plat préparé ne sont pas seulement considérés comme un produit unique : les chercheurs cherchent à les décomposer en ingrédients bruts. Pour les produits industriels, les recettes sont reconstruites à partir des informations disponibles dans des bases spécialisées et chez les distributeurs. Pour les plats faits maison, les chercheurs utilisent des recettes issues de sources culinaires couramment consultées. Les quantités sont ensuite optimisées à partir de plusieurs caractéristiques nutritionnelles.
Les premières données mettent surtout en évidence une difficulté bien connue des enquêtes alimentaires : les participants ne déclarent pas toujours l’intégralité de ce qu’ils consomment. L’apport énergétique déclaré atteignait en moyenne 1 852 kcal par jour chez les adultes et 1 693 kcal chez les enfants. Après comparaison des apports déclarés avec les besoins énergétiques estimés, les chercheurs ont identifié une sous-déclaration chez 33,8 % des adultes et 22,6 % des enfants. Chez les adultes, la sous-déclaration était également associée à l’IMC.
La sous-déclaration ne semble pas concerner tous les aliments de la même manière. Les personnes identifiées comme sous-déclarantes rapportaient notamment une consommation plus faible de certains aliments à forte densité énergétique. La consommation moyenne de pâtisseries atteignait ainsi 35,2 g par jour chez les sous-déclarants, contre 60,3 g chez les déclarants considérés comme plausibles. Des différences étaient également observées pour les glaces, les confiseries et le chocolat.
L’un des principaux intérêts de Nutrimétrie réside dans son fonctionnement continu. Contrairement à de grandes enquêtes réalisées à plusieurs années d’intervalle, ce dispositif doit permettre de disposer plus rapidement de données actualisées et d’observer les évolutions de l’alimentation au fil du temps. Son format numérique facilite également le déploiement de l’enquête à grande échelle.
Mais cette méthode présente des limites. Le recrutement n’est pas probabiliste et repose sur les réseaux sociaux. Chez les adultes, les publicités ont touché près de 782 000 personnes, environ 29 600 ont commencé l’enquête et seulement 2 193 ont finalement intégré l’échantillon analysé. Avant pondération, les femmes, les employés et les habitants des petites communes étaient notamment surreprésentés, tandis que les personnes âgées et les habitants des grandes agglomérations étaient moins représentés. La pondération statistique corrige une partie de ces écarts, mais elle ne peut pas éliminer les différences liées à des caractéristiques non mesurées. La consommation de compléments alimentaires n’a pas non plus été enregistrée, pas plus que certaines informations médicales susceptibles d’influencer l’alimentation ou le métabolisme. Chez les enfants et les adolescents, les carnets étaient remplis par un parent ou un représentant légal. Cette méthode pourrait être moins précise chez les adolescents, qui consomment plus souvent des aliments en dehors de la présence de leurs parents. Les auteurs évoquent d’ailleurs la possibilité de permettre aux adolescents de renseigner eux-mêmes leurs consommations lors de futures vagues.
Il faut enfin signaler que l’étude a été financée par C-ways, Danone, Alliance 7 et le Comité de Liaison des Interprofessions Agricoles et Agroalimentaires (CLIIA). Les auteurs déclarent ces relations financières et précisent que les financeurs n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, la collecte ou l’analyse des données, leur interprétation, la rédaction de l’article ou la décision de le publier.
→ En conclusion, Nutrimétrie propose un nouveau système de surveillance continue de l’alimentation en France, susceptible de fournir des données plus régulièrement actualisées que les grandes enquêtes réalisées ponctuellement. Cette première publication montre que le dispositif est capable de recueillir de nombreuses informations nutritionnelles auprès de plusieurs milliers de personnes, mais met aussi en évidence les difficultés inhérentes aux enquêtes alimentaires en ligne. La forte attrition lors du recrutement et surtout la sous-déclaration des apports, qui concerne environ un adulte sur trois, devront être soigneusement prises en compte dans l’interprétation des futurs résultats.
« Design and methodology of a continuous national dietary and nutrition survey in France: the Nutrimetry study »
Article publié le 24 août 2026 dans Frontiers in Nutrition
Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.3389/fnut.2026.1909933
Photo d’illustration issue de la banque d’images Pexels. Crédit : Leeloo The First