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Le Nutri-Score est désormais largement identifié par les consommateurs : une échelle allant de A à E destinée à informer rapidement sur la qualité nutritionnelle des aliments. Mais son apparente simplicité peut conduire à des interprétations excessives. Un aliment classé A n’est pas pour autant « parfait », un produit D ou E n’est pas nécessairement à exclure, et la comparaison ne se limite pas toujours à des produits strictement identiques.

Les documents récemment publiés par Santé publique France et par l’équipe scientifique à l’origine du Nutri-Score rappellent ainsi un point essentiel : le Nutri-Score est avant tout un outil de comparaison nutritionnelle.

Un indicateur de qualité nutritionnelle

Le Nutri-Score repose sur un algorithme qui intègre à la fois des composantes à favoriser – notamment les fibres, les protéines, les fruits, légumes et légumes secs – et des composantes à limiter, telles que l’énergie, les acides gras saturés, les sucres et le sel.

Sa méthode de calcul a été révisée en 2024 et adoptée en 2025 (voir notre article sur le sujet) afin de mieux prendre en compte l’évolution des connaissances scientifiques. Cette nouvelle version permet notamment de mieux différencier certains produits proches sur le plan nutritionnel.

Santé publique France cite par exemple les produits céréaliers : les féculents complets, plus riches en fibres, sont davantage classés A ou B tandis que les produits raffinés sont plutôt classés B ou C. Les aliments riches en sucres ou en sel sont également évalués plus sévèrement. Les boissons contenant des édulcorants ont, elles aussi, vu leur classement évoluer : les sodas « light », auparavant susceptibles d’être classés B, sont désormais classés de C à E selon leur composition.

Un changement de Nutri-Score ne signifie donc pas nécessairement qu’un produit a été reformulé : il peut simplement résulter de la modification de l’algorithme.

Comparer les produits… dans les bonnes situations

Le Nutri-Score peut tout d’abord servir à comparer des produits appartenant à une même catégorie : différentes céréales du petit-déjeuner, plusieurs pizzas, huiles ou boissons. C’est son usage le plus intuitif.

Il est également utile pour comparer un même type de produit entre différentes marques. Santé publique France illustre ce point avec les lasagnes à la bolognaise : selon les références, elles peuvent être classées A, B, C ou D. Le Nutri-Score permet alors de visualiser rapidement des différences de composition nutritionnelle qui ne sont pas nécessairement perceptibles au premier regard.

Mais la comparaison ne doit pas être limitée aux seuls produits d’une même catégorie. L’équipe scientifique à l’origine du Nutri-Score précise qu’il peut également être pertinent de comparer des aliments consommés dans une même situation ou susceptibles de se substituer les uns aux autres : au petit-déjeuner, à l’apéritif, en entrée ou au dessert, par exemple.

Un consommateur hésitant, au dessert, entre une mousse au chocolat, un yaourt aux fruits ou une crème caramel peut donc légitimement utiliser le Nutri-Score pour éclairer son choix.

La logique pertinente est ainsi moins celle de la catégorie réglementaire ou technologique que celle de l’usage réel du produit.

Un produit A n’existe pas nécessairement dans chaque catégorie

Une autre erreur d’interprétation consiste à considérer qu’un produit bien positionné devrait nécessairement être classé A.

Or certaines catégories ne couvrent pas toute l’échelle de A à E. Santé publique France précise notamment que B constitue le meilleur classement possible pour les huiles ; c’est le cas des huiles d’olive, de colza ou de noix, dont la teneur en acides gras saturés est relativement faible.

Pour les desserts lactés, le meilleur score indiqué est C. Pour les jus de fruits et les boissons sucrées, B constitue également le meilleur score possible. L’eau est, quant à elle, la seule boisson recommandée classée A.

Le Nutri-Score doit donc être lu relativement aux alternatives disponibles. La question n’est pas nécessairement « ce produit est-il A ? », mais plutôt « comment se situe-t-il par rapport aux produits que je pourrais consommer à sa place ? ».

D ou E ne signifie pas « interdit »

Inversement, les produits classés D ou E ne sont pas destinés à être totalement exclus.

Santé publique France rappelle qu’ils peuvent s’intégrer dans une alimentation équilibrée, à condition d’être consommés moins fréquemment et/ou en plus petite quantité.

Le Nutri-Score évalue les caractéristiques nutritionnelles d’un aliment, mais il ne prend pas en compte la quantité réellement consommée ni la fréquence de consommation. Il ne peut donc pas, à lui seul, déterminer la place précise d’un aliment dans le régime alimentaire.

La qualité nutritionnelle d’un produit et l’équilibre global de l’alimentation restent deux notions distinctes.

Ce que le Nutri-Score ne mesure pas

Le Nutri-Score ne constitue pas non plus un indicateur global de la « qualité » d’un aliment.

Santé publique France rappelle qu’il ne prend pas en compte les additifs, le degré de transformation ou la présence de pesticides. L’équipe scientifique mentionne également d’autres dimensions qui ne sont pas intégrées dans son calcul, telles que certains contaminants, les substances issues des emballages ou les composés formés lors des procédés.

D’autres critères encore – impact environnemental, origine des ingrédients, bien-être animal ou conditions de production – relèvent d’approches totalement différentes.

Un produit Nutri-Score A n’est donc pas nécessairement favorable selon tous ces critères. À l’inverse, le fait que ceux-ci ne soient pas pris en compte ne constitue pas en soi une faiblesse du Nutri-Score : ils ne correspondent simplement pas à la dimension nutritionnelle qu’il cherche à mesurer.

Un outil relatif, à replacer dans le contexte alimentaire

Le Nutri-Score est finalement plus pertinent lorsqu’il est utilisé comme un outil d’arbitrage que comme une classification absolue des aliments.

Il permet d’identifier rapidement les produits présentant le profil nutritionnel le plus favorable parmi plusieurs alternatives comparables, qu’elles appartiennent à une même catégorie ou qu’elles correspondent à une même occasion de consommation.

Sa lecture doit néanmoins toujours rester contextualisée : certaines catégories n’atteignent pas la classe A, les produits D ou E peuvent avoir leur place dans l’alimentation, et plusieurs dimensions de la qualité des aliments ne sont volontairement pas intégrées dans le calcul.

Comme le rappelle Santé publique France, le Nutri-Score permet de repérer rapidement les produits de meilleure qualité nutritionnelle, « à condition de bien l’utiliser ».