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Avec sa nouvelle stratégie de recherche et d’innovation à horizon 2040, la Commission européenne entend renforcer la compétitivité, la résilience et la durabilité des systèmes alimentaires. Au programme : une meilleure valorisation des résultats scientifiques, davantage de coopération entre acteurs et une attention accrue portée à la sécurité alimentaire, à la nutrition et aux ressources.

Dix ans après le lancement de Food 2030, la Commission européenne renouvelle son approche de la recherche et de l’innovation dans le secteur agroalimentaire avec Food 2040. Présentée le 8 septembre 2026, cette nouvelle orientation s’inscrit dans une stratégie plus large, intitulée « AgRI 2040 et Food 2040 », consacrée à l’avenir de l’agriculture, de la forêt, des territoires ruraux et des systèmes alimentaires européens.

L’ambition affichée est de préparer les filières aux transformations économiques, environnementales, technologiques et géopolitiques qui affectent leur activité. Changement climatique, perte de biodiversité, pression sur les ressources naturelles, dépendance à certains intrants et technologies, instabilité internationale ou encore intensification de la concurrence mondiale : autant de facteurs qui rendent nécessaire une évolution des modèles de production et de transformation alimentaires. La principale évolution réside dans la volonté de mieux transformer les avancées scientifiques en applications concrètes. La Commission ne souhaite plus seulement soutenir la production de connaissances, mais renforcer toute la chaîne de l’innovation, depuis la recherche et l’expérimentation jusqu’aux investissements, à la mise sur le marché et au déploiement à grande échelle. Un enjeu particulièrement important pour les entreprises agroalimentaires, qui doivent pouvoir passer plus rapidement du laboratoire à des solutions industrielles et commercialement viables.

Food 2040 conserve l’approche systémique de Food 2030, mais élargit la réflexion à l’ensemble du système alimentaire. La transformation et la fabrication des aliments, les emballages, la distribution, le commerce de détail, la restauration, les comportements de consommation, le gaspillage et le recyclage sont ainsi intégrés à cette vision. L’objectif est de mieux prendre en compte les interdépendances entre les différentes étapes de la chaîne de valeur. La nouvelle stratégie s’articule autour de 6 priorités communes à AgRI 2040 et Food 2040 :

  • La première concerne la compétitivité et le développement des start-up et entreprises en croissance, avec l’objectif de consolider l’écosystème européen de recherche et d’innovation et de faciliter le passage à l’échelle des solutions prometteuses.
  • La deuxième porte sur la sécurité alimentaire, la résilience et la préparation aux crises, notamment par la réduction des dépendances stratégiques et l’amélioration de la capacité des filières à absorber les perturbations.
  • La gestion durable des ressources naturelles et la circularité constituent le troisième axe. Il s’agit notamment de progresser en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, de préservation de la biodiversité et d’efficacité dans l’utilisation des ressources.
  • La quatrième priorité associe sécurité sanitaire des aliments et des aliments pour animaux, nutrition et santé. Elle vise à faire progresser les connaissances et les innovations en matière de qualité nutritionnelle, d’intégrité des chaînes alimentaires et de sécurité des produits.
  • La question de l’équité constitue un autre volet important. La Commission entend soutenir des chaînes de valeur plus justes, résilientes et inclusives, en veillant à ce que les bénéfices de l’innovation soient mieux répartis entre les acteurs, les territoires et les générations.
  • Enfin, la coopération mondiale doit permettre de répondre collectivement aux défis communs et de renforcer les partenariats scientifiques.

Pour accompagner ces priorités, trois leviers transversaux sont identifiés : la gouvernance, les technologies et les territoires et communautés. Les données, l’intelligence artificielle et les biotechnologies sont notamment appelées à contribuer au développement de nouvelles solutions, tandis que les approches territoriales doivent permettre de tenir compte de la diversité des contextes locaux et régionaux.

Pour les industriels de l’alimentation et les fabricants d’ingrédients, plusieurs orientations méritent une attention particulière. La diversification des sources de protéines, l’amélioration des profils nutritionnels, la sécurité des aliments, la personnalisation de la nutrition et la réduction des impacts environnementaux représentent autant de domaines dans lesquels la recherche et l’innovation peuvent soutenir l’évolution des offres. La disponibilité des protéines, vitamines et autres nutriments essentiels figure également parmi les enjeux de sécurité et de souveraineté alimentaires identifiés par la Commission.

La dimension réglementaire constitue un autre point de vigilance. L’association européenne EU Specialty Food Ingredients souligne notamment l’intérêt du chapitre consacré à l’adaptation de l’évaluation des risques aux innovations alimentaires. Elle se montre favorable au développement de dispositifs d’expérimentation réglementaire (« regulatory sandboxes »), y compris pour les nouveaux aliments (Novel Foods), ainsi qu’à un rapprochement entre les organismes chargés de l’évaluation des risques. L’organisation appelle également à une meilleure prise en compte de l’expertise industrielle dans l’identification des besoins de recherche et d’innovation. Autre initiative annoncée : la création d’un centre « Science for Policy » piloté par le Centre commun de recherche (JRC), consacré à l’agriculture, à la forêt, au développement rural et à l’innovation dans les systèmes alimentaires. Son lancement est prévu au quatrième trimestre 2027. Il doit notamment contribuer à rapprocher les connaissances scientifiques des besoins de décision publique et des évolutions observées sur le terrain.

La mise en œuvre de Food 2040 doit notamment s’appuyer sur le programme-cadre européen de recherche et d’innovation Horizon Europe pour la période 2028-2034. Elle devra mobiliser un écosystème élargi, réunissant chercheurs, entreprises, start-up, PME, autorités publiques, acteurs territoriaux et citoyens. Food 2040 traduit donc une évolution importante de la politique européenne d’innovation alimentaire : l’enjeu n’est plus uniquement de produire davantage de connaissances, mais de parvenir à les convertir en innovations déployables, compétitives et utiles à l’ensemble de la chaîne alimentaire. Pour les industriels, cette orientation ouvre des perspectives en matière de développement technologique, de formulation, de nutrition et de durabilité, tout en posant la question des conditions réglementaires, économiques et industrielles nécessaires à leur concrétisation.

Sources :

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Nouvelle approche stratégique de la recherche et de l’innovation en faveur d’une agriculture, d’une sylviculture, de zones rurales et de systèmes alimentaires compétitifs, résilients et durables Préparer l’avenir du secteur agroalimentaire de l’UE grâce à AgRI 2040 et Food 2040

2026-09 EU Specialty Food Ingredients’ 4 takeaways on the Commission’s new strategic approach for Research and Innovation in the food area ; EU Specialty Food Ingredients.

Alimentation 2040 – L’approche stratégique de l’UE

Photo d’illustration générée par IA (ChatGPT)