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Les édulcorants non nutritifs, largement utilisés comme substituts du sucre pour réduire l’apport calorique, occupent une place croissante dans notre alimentation. Si leurs effets métaboliques ont été largement étudiés, leurs conséquences sur le fonctionnement cognitif et les comportements restent encore mal connues.

L’objectif de cette recherche est d’analyser les liens entre la consommation chronique d’édulcorants non nutritifs et les performances cognitives ainsi que les comportements socio-émotionnels. Les auteurs formulent plusieurs hypothèses : une prise chronique d’édulcorants augmenterait la prise de risque, diminuerait les comportements prosociaux (comme l’altruisme ou la coopération) et encouragerait la suppression émotionnelle. Afin d’isoler les effets spécifiques des édulcorants, l’étude prend également en compte la consommation de sucres libres comme variable de contrôle.

Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont mené une étude auprès de 291 jeunes adultes français âgés de 18 à 30 ans. Les participants devaient ensuite prendre part à 5 tests différents :

  • L’Iowa Gambling Task évalue la prise de décision en situation d’incertitude. Les participants choisissent entre plusieurs options sans connaître au départ leurs gains et pertes, puis apprennent progressivement à identifier les choix les plus avantageux.
  • Le Game of Dice Task mesure la prise de décision en cas de risques explicites. Contrairement au précédent, les probabilités de gain et de perte sont clairement indiquées, ce qui permet d’observer la propension à prendre des risques en connaissance de cause.
  • Le Binary Dictator Game, qui sert à évaluer l’altruisme. Les participants doivent choisir comment répartir une somme d’argent entre eux-mêmes et une organisation caritative, révélant leur tendance à agir de manière désintéressée.
  • Le Prisoner’s Dilemma analyse les comportements de coopération. Les participants prennent des décisions qui dépendent également du comportement d’un autre individu, ce qui permet d’étudier la confiance et la stratégie sociale.
  • Le Emotion Regulation Questionnaire, un questionnaire qui mesure les stratégies de régulation émotionnelle, notamment la capacité à reconsidérer une situation (réévaluation cognitive) ou à inhiber l’expression des émotions.

En parallèle, les apports alimentaires en édulcorants et en sucres ont été estimés à l’aide de questionnaires détaillés de fréquence alimentaire.

Les résultats mettent en évidence des effets différenciés entre édulcorants et sucres. Une consommation plus élevée d’édulcorants est associée à une plus grande propension à choisir des options risquées, aussi bien dans des situations de risque explicite que dans des contextes où le risque est appris progressivement.

À l’inverse, la consommation de sucres libres présente un profil différent. Elle est associée à certaines modifications de la prise de décision, mais de manière moins cohérente selon les tâches. En revanche, un résultat plus robuste concerne la régulation émotionnelle : une consommation plus élevée de sucres est liée à une diminution des capacités de réévaluation cognitive et de contrôle émotionnel. Les édulcorants, quant à eux, montrent une tendance opposée, avec une association positive (bien que modérée) avec certaines stratégies adaptatives de régulation émotionnelle. Fait notable, ni les édulcorants ni les sucres n’ont montré d’effet significatif sur les comportements prosociaux tels que l’altruisme ou la coopération.

En conclusion, cette étude met en lumière une influence potentielle de l’alimentation sucrée, qu’elle soit calorique ou non, sur certains processus cognitifs clés, notamment la prise de risque et la régulation émotionnelle. Les édulcorants apparaissent associés à une plus grande propension au risque, tandis que les sucres pourraient altérer certaines capacités émotionnelles.

Toutefois, ces résultats doivent être interprétés avec prudence. L’étude repose sur un design observationnel, qui ne permet pas d’établir de lien de causalité, et sur des données déclaratives concernant l’alimentation, susceptibles de biais. Des recherches expérimentales et longitudinales seront nécessaires pour confirmer ces associations et mieux comprendre les mécanismes neurobiologiques en jeu.

 

« Chronic non-nutritive sweetener and free sugars consumption alters decision-making and risk-taking in young healthy adults »

Article publié le 7 avril 2026 dans Frontiers in Nutrition

Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.3389/fnut.2026.1796516

Photos d’illustration issues de la banque d’images Pixabay. Crédit : WOKANDAPIX et Tumisu