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Les bleuets sont des baies particulièrement riches en anthocyanes, des polyphénols responsables de leur couleur bleu-violet. Ces composés suscitent un intérêt croissant en raison de leurs effets potentiels sur la santé métabolique. Plusieurs études suggèrent notamment qu’ils pourraient limiter l’élévation de la glycémie après un repas. Pourtant, les résultats obtenus chez l’être humain restent variables et la quantité d’anthocyanes nécessaire pour obtenir un effet demeure mal définie.

L’objectif principal de cette étude était de déterminer si les anthocyanes des bleuets sauvages pouvaient réduire la réponse glycémique après un repas de manière dose-dépendante.

Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont réalisé un essai randomisé, contrôlé contre placebo, en double aveugle et selon un protocole croisé. Vingt-quatre adultes en bonne santé ont participé aux quatre conditions expérimentales correspondantes à la quantité d’anthocyanines donnée.

Lors de chacune des quatre journées expérimentales, les participants ont consommé un petit-déjeuner riche en glucides accompagné d’une boisson de 250 mL. Celle-ci contenait soit un placebo dépourvu d’anthocyanes, soit de la poudre de bleuts sauvages lyophilisées apportant 150, 300 ou 450 mg d’anthocyanes. Les boissons étaient formulées de façon à fournir la même quantité de poudre et le placebo était ajusté en glucides, sucres et fibres afin de limiter les différences entre les conditions. Le petit-déjeuner était aussi composé de deux tranches de pain grillé, pour un apport total d’environ 80 g de glucides. Chaque participant a testé les quatre conditions, espacées d’au moins sept jours.

Pendant les trois heures suivant le repas, les chercheurs ont suivi la glycémie grâce à un dispositif de mesure continue du glucose. Des prélèvements sanguins ont également permis de mesurer l’insuline ainsi que trois hormones gastrointestinales : le GLP-1, le PYY et le GIP. La pression artérielle et les sensations subjectives de faim, de rassasiement ou encore de satiété ont été évaluées toutes les 30 minutes. Enfin, plusieurs tests portant sur la mémoire verbale, la mémoire spatiale et l’attention soutenue ont été réalisés avant le repas puis 90 minutes après sa consommation.

Les doses de 300 et 450 mg d’anthocyanes ont entraîné des concentrations plasmatiques de glucose significativement plus faibles 30 et 45 minutes après le repas par rapport au placebo. La dose la plus élevée a également diminué significativement l’aire sous la courbe pendant les 60 premières minutes. En revanche, cette différence n’était plus significative lorsque la réponse glycémique était considérée sur des périodes plus longues ou sur l’ensemble des trois heures. Les bénéfices semblent donc principalement concerner le pic glycémique précoce plutôt qu’une diminution globale de la glycémie sur toute la période postprandiale. Un phénomène similaire a été observé pour l’insuline. Trente minutes après le repas, sa concentration plasmatique était significativement plus faible avec la dose de 450 mg d’anthocyanes qu’avec la boisson témoin.

Les boissons apportant 300 et 450 mg d’anthocyanes ont significativement augmenté les concentrations de GLP-1 et de PYY par rapport au placebo. Ces deux hormones participent à la régulation du métabolisme après un repas. Le GLP-1 contribue notamment au contrôle de la glycémie et à la sécrétion d’insuline, tandis que le PYY intervient dans le ralentissement de la motricité digestive et les signaux de satiété. Les effets étaient particulièrement visibles dans les 30 à 60 minutes suivant le repas. Le GIP a également été augmenté avec les doses les plus élevées, notamment en fin de période postprandiale, mais cette analyse ne concernait que huit participants et doit donc être interprétée avec prudence. Cette augmentation des hormones associées à la satiété ne s’est toutefois pas traduite par une réduction de la faim ressentie par les participants. Au contraire, la sensation de rassasiement était légèrement plus faible avec la dose la plus élevée qu’avec la dose de 150 mg.

Les chercheurs ont également cherché à savoir si les bleuets pouvaient exercer des effets immédiats sur les capacités cognitives. Trois tests ont été employés : le Visual Verbal Learning Test pour évaluer la mémoire verbale, le Corsi Block Tapping Test pour la mémoire spatiale et le Rapid Visual Information Processing Test pour l’attention soutenue. Aucune des trois doses de bleuets n’a entraîné d’amélioration significative de ces performances cognitives par rapport au placebo. Aucun effet significatif n’a par ailleurs été retrouvé sur la pression artérielle ou la fréquence cardiaque au cours des trois heures suivant le repas.

Plusieurs limites existent : l’étude ne comptait que 24 participants et l’échantillon était presque exclusivement composé de femmes, les participants étaient également jeunes et en bonne santé. De plus, il s’agissait d’une intervention aiguë portant sur un seul repas : elle ne permet pas de déterminer si ces effets persistent ou s’amplifient lors d’une consommation régulière de bleuets.

→ En conclusion, cette étude suggère qu’une dose suffisamment élevée d’anthocyanes provenant de bleuets peut atténuer la hausse précoce de la glycémie après un repas riche en glucides et stimuler plusieurs hormones gastrointestinales impliquées dans sa régulation. Un seuil d’environ 300 mg d’anthocyanes semble nécessaire pour obtenir les effets les plus nets dans cette étude. Ces modifications biologiques n’ont cependant pas entraîné d’amélioration de la satiété ressentie, de la pression artérielle ou des performances cognitives. Des études de plus longue durée, notamment chez des personnes présentant une glycémie moins bien contrôlée, seront nécessaires pour déterminer la portée clinique de ces résultats.

 

« A randomised, double-blind, placebo-controlled trial to assess the postprandial dose-dependent effects of wild blueberries on metabolic and cognitive outcomes following a high-carbohydrate breakfast »

Article publié le 26 mai 2026 dans European Journal of Nutrition

Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1007/s00394-026-03974-0

Photo d’illustration issue de la banque d’images Pexels. Crédit : Martha Vera