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Les enfants sont régulièrement exposés à la publicité pour des aliments riches en graisses, en sel ou en sucres. Or, le marketing alimentaire peut influencer leurs préférences, leurs choix et leurs habitudes de consommation. Pour limiter cette exposition, plusieurs pays et organisations utilisent des systèmes de profilage nutritionnel permettant de déterminer quels produits peuvent ou non faire l’objet de publicités destinées aux plus jeunes. Une étude publiée en 2026 dans l’European Journal of Nutrition a cherché à déterminer si le Nutri-Score, initialement conçu pour informer les consommateurs, pourrait également remplir cette fonction.
L’objectif des chercheurs était de comparer le Nutri-Score 2023 à deux modèles spécifiquement développés pour encadrer le marketing alimentaire : le WHO-EURO 2023, élaboré par l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Europe, et le NORMA, utilisé dans la nouvelle réglementation norvégienne sur la publicité alimentaire destinée aux moins de 18 ans. Les auteurs ont également évalué si l’ajout de quelques critères au Nutri-Score permettait de mieux identifier les produits dont la publicité devrait être restreinte.
Les chercheurs ont étudié 1 944 aliments et boissons issus de la table de composition nutritionnelle norvégienne. Pour chaque produit, ils ont calculé le Nutri-Score, puis déterminé si sa publicité auprès des enfants aurait été autorisée ou non selon les deux modèles de référence.

Dans un premier scénario, les produits classés A ou B étaient considérés comme pouvant être commercialisés auprès des enfants, contrairement à ceux classés C, D ou E. Les chercheurs ont ensuite testé un deuxième scénario ajoutant des restrictions pour les produits contenant certains acides gras trans ou des édulcorants, ainsi que pour les boissons contenant des sucres ajoutés. Enfin, pour la comparaison avec le modèle norvégien, un troisième scénario interdisait totalement la publicité pour certaines catégories d’aliments.
Parmi les 1 944 produits étudiés, 53 % étaient classés C, D ou E au Nutri-Score. De son côté, le modèle WHO-EURO interdisait la publicité de 47 % des produits et le modèle NORMA de 23 %.
En considérant que tous les aliments Nutri-Score C à E ne devraient pas être promus auprès des enfants, l’accord avec le modèle de l’OMS atteignait 84 %. L’ajout des critères complémentaires le faisait légèrement progresser à 85 %. Toutefois, le niveau de concordance variait sensiblement selon les catégories alimentaires.
Avec le Nutri-Score seul, des aliments classés A ou B pouvaient être considérés comme acceptables pour la publicité alors que le WHO-EURO les interdisait. C’était notamment le cas de certaines glaces sans sucre contenant des édulcorants, confitures avec des édulcorants, céréales du petit-déjeuner relativement sucrées ou boissons végétales. L’ajout de critères concernant les édulcorants, les acides gras trans et les sucres ajoutés dans les boissons permettait de supprimer une partie de ces incohérences.
La concordance initiale avec le modèle norvégien NORMA était plus faible (66 %). Cette différence tient largement à la conception même du système norvégien. NORMA interdit systématiquement la publicité de six catégories considérées comme particulièrement défavorables, notamment les confiseries, pâtisseries, snacks, glaces, boissons énergisantes et sodas, indépendamment du profil nutritionnel individuel du produit. Lorsque les chercheurs ont adapté le Nutri-Score pour reproduire davantage cette logique, en combinant les critères nutritionnels supplémentaires et l’interdiction de certaines catégories, l’accord global avec NORMA atteignait 96 %.
Le fonctionnement du Nutri-Score peut donc conduire certains produits à obtenir une note favorable grâce à la présence de composants valorisés par son algorithme, alors qu’ils appartiennent à des catégories dont les autorités souhaitent limiter la promotion. Les auteurs évoquent également le risque que les fabricants modifient la composition d’un produit, par exemple en ajoutant des fibres, des protéines ou des édulcorants, afin d’améliorer sa notation sans nécessairement obtenir un produit qu’il serait souhaitable de promouvoir auprès des enfants.
→ En conclusion, cette étude suggère que le Nutri-Score pourrait identifier une grande partie des produits inadaptés à la publicité destinée aux enfants, mais qu’il ne semble pas suffisant lorsqu’il est utilisé seul. L’ajout de critères concernant notamment les édulcorants et les sucres ajoutés dans les boissons, ainsi que l’interdiction de promouvoir certaines catégories d’aliments, permettrait de mieux répondre à cet objectif. Ces résultats soulignent surtout qu’un outil conçu pour informer les consommateurs ne peut pas nécessairement être utilisé tel quel comme instrument de réglementation du marketing alimentaire.
« The potential of Nutri-Score to differentiate foods in regulating food marketing to children »
Article publié le 30 juillet 2026 dans European Journal of Nutrition
Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1007/s00394-026-04041-4
Photo d’illustration issue de la banque d’images Pexels. Crédit : Marek Piwnicki