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Le développement rapide des traitements reposant sur les agonistes des récepteurs du GLP-1 pourrait progressivement modifier certains comportements alimentaires et, avec eux, les stratégies d’innovation de l’industrie agroalimentaire.

Ces traitements, utilisés notamment dans la prise en charge du diabète de type 2 et de l’obésité, sont associés chez leurs utilisateurs à une diminution de l’appétit et à une satiété plus précoce. Pour les industriels, la question n’est donc plus seulement de proposer des produits moins caloriques : il s’agit également de repenser la portion, la densité nutritionnelle, la fonctionnalité et l’expérience sensorielle des aliments.

Des portions plus petites, mais nutritionnellement plus denses

La diminution des quantités consommées associée à l’utilisation des GLP-1 pousse à repenser les formats : si les portions diminuent, leur densité nutritionnelle devient plus importante.

Pour les industriels interrogés par Food Business News, cette évolution ouvre la voie à une logique de densité nutritionnelle par portion, voire par bouchée.

Plusieurs formats sont cités comme particulièrement adaptés à cette évolution :

  • barres compactes ;
  • mini produits de boulangerie ;
  • snacks prêts à consommer et portionnés ;
  • petits pains individuels ou pains tranchés plus finement ;
  • formats multipacks permettant de maîtriser plus facilement la quantité consommée.

Dans le secteur de la boulangerie, cette tendance est déjà perceptible. Une étude de Corbion réalisée en 2024 indique que 48 % des utilisateurs de GLP-1 interrogés déclaraient acheter du pain moins fréquemment et 32 % en acheter de plus petites quantités. Pour les produits de boulangerie sucrés, 37 % déclaraient réduire leur fréquence d’achat et 21 % les quantités achetées.
Les données suggèrent moins un abandon de certaines catégories alimentaires qu’une évolution des formats et des modalités de consommation.

Les protéines au cœur des stratégies de formulation

L’enrichissement en protéines apparaît comme l’un des principaux leviers envisagés par les industriels. L’article souligne notamment l’intérêt de travailler avec des mélanges de protéines. Cette stratégie permet de rechercher simultanément un profil en acides aminés intéressant et de meilleures performances technologiques et sensorielles.

Dans les pains, muffins, snacks ou produits de pâtisserie, l’incorporation de protéines modifie la matrice : hydratation, comportement de la pâte, texture, goût, structure de mie ou encore stabilité. Le développement d’un produit reste avant tout un travail de formulation, dans lequel la performance nutritionnelle doit rester compatible avec les exigences de transformation industrielle et d’acceptabilité sensorielle.

Fibres et prébiotiques : un autre axe d’innovation

Les fibres constituent un autre axe important de formulation. Certaines personnes sous traitement GLP-1 pouvant rencontrer des troubles digestifs, notamment de la constipation, les fibres solubles et les ingrédients à positionnement prébiotique suscitent un intérêt particulier.
L’inuline et les fructo-oligosaccharides (FOS) sont notamment cités parmi les ingrédients envisagés. Leur incorporation doit toutefois rester compatible avec les contraintes technologiques et sensorielles du produit : la recherche d’un bénéfice nutritionnel ne peut pas se faire au détriment de la qualité du produit fini.

Ne pas opposer nutrition et plaisir

La diminution de l’appétit ne supprime pas pour autant la recherche de plaisir alimentaire.

Une promesse nutritionnelle ne compense pas une expérience de consommation décevante : un produit enrichi doit avant tout rester un bon produit, quitte à accepter certains compromis de formulation.

Le positionnement évolue : il ne s’agit plus nécessairement de réduire au maximum la valeur énergétique, mais de proposer une portion plus petite, une forte qualité sensorielle et une consommation mieux maîtrisée.
Ces formats peuvent aussi faciliter le maintien des moments de consommation partagés. Malgré une satiété plus rapide, les utilisateurs de GLP-1 peuvent continuer à participer à des repas familiaux ou à des occasions festives, sans pour autant consommer une portion traditionnelle.

Faut-il vraiment créer des produits « GLP-1 friendly » ?

L’enquête de Curion menée auprès de plus de 8 500 Américains, rapportée par Food Business News, montre que 59 % des répondants seraient intéressés par une version plus petite et davantage axée sur les protéines d’un produit qu’ils apprécient. En revanche, 37 % déclarent rejeter explicitement l’appellation « GLP-1 friendly ».

Ces résultats suggèrent que l’opportunité réside peut-être moins dans la création d’une catégorie spécifiquement estampillée «GLP-1» que dans le développement de produits adaptés aux nouveaux comportements alimentaires associés à ces traitements.

Petites portions, protéines, fibres, praticité et densité nutritionnelle pourraient ainsi continuer à se développer sans nécessairement faire référence au GLP-1 dans le positionnement du produit. Ces caractéristiques répondent d’ailleurs à des tendances déjà bien installées dans l’alimentation fonctionnelle et la nutrition.