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L’EFSA a publié le 10 septembre 2026 sa réévaluation du sel d’aspartame-acésulfame (E 962). Après ingestion, le E 962 se dissocie en aspartame (E 951) et en acésulfame K (E 950), correspondant aux constituants des édulcorants E 951 et E 950. L’Autorité a donc évalué sa sécurité à partir de celle de ces deux composants.

Pour l’acésulfame K, l’EFSA s’appuie sur sa réévaluation de 2025, qui avait fixé une DJA de 15 mg/kg de poids corporel/jour. Pour l’aspartame, elle a actualisé l’évaluation toxicologique et l’estimation d’exposition réalisées en 2013. Aucun nouveau signal jugé suffisamment robuste n’a conduit à modifier la valeur de référence : la DJA du E 951 reste fixée à 40 mg/kg pc/jour. L’EFSA ne relève par ailleurs pas de préoccupation génotoxique pour l’aspartame ni pour son principal produit de dégradation, la DKP.

Les estimations d’exposition alimentaire cumulant les apports provenant du E 962 et des édulcorants utilisés séparément restent, selon l’EFSA, inférieures aux DJA correspondantes dans les différents groupes de population.

Dans son intégration des données animales et humaines, l’EFSA conclut globalement que l’exposition à l’aspartame est peu susceptible d’être associée à des effets indésirables chez l’Homme. Une association est jugée improbable pour le cancer, les facteurs de risque et maladies cardiovasculaires, les perturbations de l’homéostasie glucose/insuline, les effets hépatiques, la toxicité générale, l’hématotoxicité, la néphrotoxicité, la neurotoxicité et la toxicité d’autres organes ou tissus. Sur la base des seules données humaines, l’EFSA retient un niveau de preuve globalement limité. Pour le cancer, cinq études humaines ont été prises en compte : certaines rapportent une association entre consommation d’aspartame et risque de cancer, mais les résultats présentent des incohérences entre études et/ou une imprécision importante. Le niveau de confiance final est donc classé faible, ce qui conduit l’EFSA à conclure qu’il existe un faible niveau de preuve d’une association entre l’exposition à l’aspartame et le cancer, sans pouvoir établir à partir des seules données humaines une relation causale robuste. Le même niveau de preuve faible est retenu pour les facteurs de risque et maladies cardiovasculaires. À l’inverse, les données humaines sont jugées insuffisantes pour conclure concernant le poids de naissance, le développement, l’homéostasie glucose/insuline et les effets immunitaires. Pour les effets hépatiques, l’EFSA considère qu’il existe un niveau de preuve modéré en faveur d’une absence d’effet indésirable, sur la base toutefois d’une seule étude.

L’Autorité conclut donc à l’absence de problème de sécurité aux usages et niveaux d’emploi déclarés pour les E 950, E 951 et E 962.

Ces conclusions interviennent toutefois dans un contexte scientifique débattu. Le CIRC a classé en 2023 l’aspartame comme « peut-être cancérogène pour l’homme » (groupe 2B), sur la base de preuves jugées limitées. La lecture de l’EFSA, qui considère qu’aucune des nouvelles études humaines et animales ne fournit à ce stade un niveau de preuve suffisant pour établir un nouveau point de référence toxicologique, est contestée par Foodwatch et Yuka. Ils qui estiment que des études épidémiologiques récentes montrant des associations avec certains cancers, les maladies cardiovasculaires ou le diabète de type 2 justifieraient l’application du principe de précaution et une remise en cause de l’autorisation de l’aspartame.

À l’inverse, le Syndicat des Boissons Sans Alcool (SBSA) a publié un communiqué le 11 septembre dernier, dans lequel il indique considérer que l’avis de l’EFSA réaffirme bien la sécurité du E 962 et de l’aspartame (E 951) dans les conditions d’utilisation autorisées et souligne que les niveaux d’exposition des consommateurs restent inférieurs aux seuils de sécurité retenus.

Sur le plan réglementaire, l’EFSA recommande néanmoins d’actualiser les spécifications européennes du E 962, notamment afin de garantir qu’il soit fabriqué à partir du E 950 et du E 951 conformes à leurs spécifications respectives, et de réexaminer les limites applicables à l’arsenic et au plomb dans les spécifications de l’aspartame.

 

Sources :

EFSA FAF Panel (EFSA Panel on Food Additives and Flavourings), Castle, L., Andreassen, M., Aquilina, G., Bastos, M. L., Boon, P., Fallico, B., FitzGerald, R., Frutos Fernandez, M. J., Grasl-Kraupp, B., Gundert-Remy, U., Gürtler, R., Houdeau, E., Kurek, M., Louro, H., Morales, P., Passamonti, S., Bruzell, E., Fortes, C., … Lodi, F. (2026). Re-evaluation of salt of aspartame-acesulfame (E 962) as food additive. EFSA Journal, 24(9), e10259. https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2026.10259

L’Efsa revalide la sécurité de l’aspartame-acésulfame, Process Alimentaire, Amélie Dereuder, 21/09/2026.

Communiqué de presse « Dose journalière admissible de l’aspartame : l’EFSA ne voit aucun problème. « Scandaleux », réagissent foodwatch et Yuka, qui continuent de réclamer une interdiction », Foodwatch & Yuka, 10/09/2026

« Le SBSA salue l’avis scientifique de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) réaffirmant la sécurité de l’aspartame à la suite de l’évaluation scientifique du sel d’aspartame-acésulfame », Syndicat des Boissons Sans Alcool (SBSA), 11/09/2026.