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Les compléments alimentaires à base de nitrates et de jus de betterave sont devenus particulièrement populaires auprès des sportifs. Cette popularité s’est accompagnée d’une multiplication des produits commercialisés et d’une communication très active sur les réseaux sociaux, où les fabricants font largement appel à des sportifs de haut niveau et à des influenceurs pour promouvoir leurs produits.
Les auteurs souhaitaient évaluer si les doses recommandées, les protocoles d’utilisation et les allégations de santé ou de performance des compléments à base de nitrates vendus en Europe correspondaient aux recommandations des principales sociétés savantes en nutrition sportive. Ils ont également analysé les stratégies de communication mises en œuvre par les fabricants, notamment le recours aux influenceurs, aux sportifs célèbres et aux certifications scientifiques. Les chercheurs supposaient que de nombreux produits présenteraient des allégations non conformes aux données scientifiques et que les campagnes marketing s’appuieraient largement sur des figures d’influence plutôt que sur des preuves scientifiques solides.
Pour mener cette étude, les chercheurs ont réalisé une analyse observationnelle des compléments alimentaires commercialisés en Europe. Après avoir examiné plus de 1 200 références disponibles sur Amazon, Google Shopping et la plateforme Informed Sport, ils ont retenu 18 produits. Les informations présentes sur les emballages et les sites officiels des fabricants ont été examinées de façon systématique : teneur en nitrates, recommandations de consommation, allégations de santé, preuves scientifiques citées, avertissements, présence de labels antidopage, recours à des influenceurs et éventuelles cautions scientifiques externes. Chaque allégation a ensuite été comparée aux recommandations publiées par les principales organisations internationales de nutrition sportive.
Les résultats montrent qu’environ 61 % des compléments fournissent entre 300 et 500 mg de nitrates par portion, une quantité généralement considérée comme efficace pour améliorer certaines performances d’endurance. En revanche, près d’un tiers des produits ne précisent même pas la quantité exacte de nitrates qu’ils apportent. Seuls 39 % des produits respectaient réellement les protocoles validés par la recherche scientifique. L’erreur la plus fréquente concernait le moment de la prise : plusieurs fabricants recommandaient de consommer leur produit une heure avant l’effort, alors que les données actuelles indiquent qu’un délai d’environ deux à trois heures est nécessaire pour obtenir un effet optimal des nitrates sur la production de monoxyde d’azote.
L’analyse des allégations marketing révèle un décalage encore plus marqué avec les preuves scientifiques. Les promesses les plus fréquemment rencontrées étaient l’amélioration du flux sanguin, de l’endurance, de la récupération musculaire ou encore de la santé cardiovasculaire. Certaines marques affirmaient même que leurs produits amélioraient les fonctions cérébrales, renforçaient le système immunitaire ou optimisaient le fonctionnement de plusieurs organes. Pourtant, seules deux formulations étaient réellement conformes aux recommandations des principales sociétés savantes : l’amélioration des performances sportives et de la tolérance à l’effort, à condition que les doses et le protocole de consommation soient respectés. Aucune allégation de santé spécifique concernant les nitrates ou le jus de betterave n’est actuellement autorisée par l’EFSA.
Plus de la moitié des produits analysés utilisent des sportifs professionnels, des célébrités ou des influenceurs pour promouvoir leurs compléments. Les auteurs relèvent également un manque important de transparence scientifique. Seuls trois produits citaient des références bibliographiques, et aucune ne renvoyait à des revues systématiques, des méta-analyses ou des consensus internationaux. Les avertissements concernant les effets indésirables étaient également très rares, tout comme les informations destinées aux populations particulières. Enfin, seulement un produit sur cinq indiquait les experts scientifiques ayant participé à son développement.
→En conclusion, les chercheurs rappellent toutefois que les nitrates disposent bien d’un niveau de preuve élevé concernant leur intérêt ergogène. Le problème ne réside donc pas dans l’efficacité potentielle des nitrates eux-mêmes, mais dans la manière dont cette efficacité est présentée au grand public. Les fabricants utilisent souvent des formulations plus larges ou plus ambitieuses que ce que permettent réellement d’affirmer les données scientifiques actuelles.
« From labels to influencers: evaluating the alignment of nitrate and beetroot juice claims on sports supplement marketing with scientific consensus »
Article publié le 15 juillet 2026 dans Frontiers in Nutrition
Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.3389/fnut.2026.1886906
Photo d’illustration issue de la banque d’images Pexels. Crédit : Mikhail Nilov