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Le rapport Sports nutrition beyond performance: How everyday athletes are reshaping the category publié par Vitafoods Insights montre une transformation profonde du marché de la nutrition sportive. Historiquement centrée sur les athlètes de haut niveau et la performance pure, la catégorie évolue désormais vers un public beaucoup plus large : les consommateurs actifs du quotidien.

Cette nouvelle cible regroupe des personnes pratiquant une activité physique régulière sans objectif de compétition : fréquentation des salles de sport, cours collectifs, course loisir ou activités de bien-être. Pour ces consommateurs, la nutrition sportive ne se limite plus au gain musculaire ou à l’endurance. Les attentes portent également sur l’énergie, la récupération, le confort digestif, l’hydratation ou encore la santé globale. Le rapport souligne ainsi que les frontières entre nutrition sportive, alimentation fonctionnelle et bien-être deviennent de plus en plus floues.

Cette évolution a des conséquences directes sur le développement des produits. Les consommateurs non experts accordent davantage d’importance au goût, à la texture, au prix et à la praticité que les sportifs de haut niveau. Ils sont également moins tolérants aux formulations très concentrées ou aux effets digestifs associés à certains ingrédients. Les produits doivent donc être plus accessibles, plus agréables sensoriellement et intégrables dans la routine quotidienne.

La protéine devient un ingrédient du quotidien

Le rapport montre que la protéine reste le pilier central de la nutrition sportive, mais son usage se transforme fortement. L’image classique du shaker de whey consommé après l’entraînement laisse progressivement place à des produits intégrés à l’alimentation courante.

Les données de Mintel GNDP illustrent cette dynamique : le nombre de lancements mondiaux portant une allégation « riche en protéines » est passé de 2 905 produits en 2013 à 10 599 en 2018, puis à 14 147 produits en 2025. La protéine se retrouve désormais dans pratiquement toutes les catégories alimentaires : pains, glaces, confiseries, snacks ou desserts.

Cette banalisation pousse les industriels à revoir leurs priorités de formulation. Pour les consommateurs actifs du quotidien, l’apport protéique est davantage associé à la satiété, à la praticité et à la santé générale qu’à la seule récupération musculaire post-entraînement. Le marché évolue donc vers des doses modérées dans des formats familiers et faciles à consommer tout au long de la journée.

Le rapport met également en avant l’essor des protéines “clear”. Ces protéines transparentes, plus légères et rafraîchissantes que les whey traditionnelles, sont généralement formulées à partir d’isolats de whey fortement purifiés ou de protéines végétales hydrolysées. Elles sont positionnées comme des boissons hydratantes, souvent avec des arômes fruités. Des marques comme UpFront ou Beyond Meat développent ainsi des boissons protéinées de type citronnade, pêche-mangue ou orange-tangerine.

Texture et plaisir : les nouveaux critères clés

L’un des enseignements majeurs du rapport concerne l’importance croissante de l’expérience sensorielle. Les consommateurs recherchent des produits performants, mais refusent de sacrifier le plaisir de consommation.

Dans les barres protéinées, la texture devient un véritable enjeu concurrentiel. Le rapport cite une analyse de la plateforme Syncly réalisée sur plusieurs milliers d’avis consommateurs concernant quatre grandes marques de barres protéinées. Les deux principales causes d’insatisfaction étaient le goût et la texture. Les commentaires négatifs sur la texture étaient largement supérieurs aux commentaires positifs (119 contre 44).

Les critiques mentionnaient notamment des textures « collantes », « gélatineuses », « sèches » ou « difficiles à mâcher ». Selon Syncly, le goût explique plus de 57 % des avis une étoile, mais la texture devient un facteur déterminant pour accéder à des évaluations très positives. Cette évolution pousse les formulateurs à travailler davantage la mastication, le croquant, le moelleux ou encore la sensation en bouche.

Créatine et BCAA sortent des compléments classiques

Le rapport met en évidence une deuxième tendance forte : le “functional stacking”, c’est-à-dire l’ajout d’ingrédients historiquement associés aux compléments sportifs dans des aliments du quotidien.

La créatine illustre particulièrement cette évolution. Longtemps réservée aux poudres destinées aux pratiquants de musculation, elle apparaît désormais dans des barres, puddings, boissons RTD, gummies, cafés instantanés ou même beurres de cacahuète enrichis.

Plusieurs exemples sont cités :

  • des barres contenant 1 à 1,5 g de créatine et jusqu’à 20 g de protéines ;
  • un pudding chocolaté enrichi en créatine au Portugal ;
  • une boisson végétale associant 32 g de protéines et 1 g de créatine ;
  • un beurre de cacahuète enrichi apportant 2,4 g de créatine par portion de 25 g.

Le marché des gummies à la créatine connaît également une forte accélération. Nutrition Integrated rapporte une croissance de 50 % du nombre de produits et de 48 % du nombre de marques sur ce segment en Europe en seulement douze mois.

Les BCAA suivent une trajectoire similaire. Même si les données scientifiques restent nuancées concernant leurs bénéfices sur les performances sportives, ils migrent progressivement vers des formats plus accessibles : boissons prêtes à boire, cookies, desserts lactés ou snacks.

L’hydratation devient un territoire « bien-être »

L’hydratation constitue un autre axe majeur de transformation. Le rapport explique qu’elle n’est plus uniquement associée à la performance sportive ou à la récupération après effort intense. Elle devient un bénéfice santé global.

Selon Innova Market Insights, l’hydratation était en 2024 le bénéfice santé le plus recherché par les consommateurs dans les aliments et boissons.

Le document insiste également sur la distinction entre déshydratation aiguë et “underhydration”, c’est-à-dire un état chronique d’apport hydrique insuffisant plus discret mais potentiellement fréquent chez les consommateurs du quotidien. Cette notion ouvre de nouvelles opportunités de positionnement pour les produits hydratants.

Les électrolytes restent centraux dans cette dynamique, mais le rapport rappelle aussi les limites de leur surconsommation. Une consommation excessive peut entraîner des effets indésirables tels que la fatigue, crampes musculaires, diarrhées ou nausées.

Les innovations se multiplient néanmoins :

  • sticks d’électrolytes avec teneurs modérées en sodium ;
  • associations protéines + électrolytes ;
  • eaux de coco enrichies ;
  • comprimés effervescents ;
  • gummies hydratants contenant vitamines et minéraux.

Le rapport souligne toutefois un point réglementaire important : dans l’Union européenne, les allégations liant directement les électrolytes à « l’hydratation » ne sont pas autorisées en tant qu’allégations de santé.

Le microbiote devient un nouvel axe stratégique

Enfin, le document met en avant la montée du microbiote intestinal dans la nutrition sportive. Les recherches actuelles explorent les liens entre microbiote, récupération, métabolisme énergétique, immunité et performance physique.

Les travaux cités montrent notamment que les sportifs d’endurance présentent souvent une plus grande diversité microbienne et des profils favorisant la production de métabolites énergétiques comme les acides gras à chaîne courte.

Le rapport reste toutefois prudent. Les experts interrogés soulignent que les connaissances scientifiques sont encore limitées et qu’il existe un risque important de surinterprétation marketing. Les réponses aux interventions sur le microbiote dépendent fortement des individus, de leur génétique, de leur alimentation ou encore de leur historique de vie.

 

L’une des perspectives évoquées concerne la personnalisation nutritionnelle basée sur l’analyse du microbiote et des données multi-omiques. Même si cette approche reste aujourd’hui expérimentale, elle apparaît comme un axe de développement futur pour la nutrition sportive.

 

Au final, ce rapport montre que la nutrition sportive évolue vers un modèle beaucoup plus large et transversal. Les attentes ne portent plus uniquement sur la performance physique, mais sur une combinaison de santé, praticité, plaisir, récupération et bien-être global. Cette transformation ouvre de nombreuses opportunités pour les industriels capables de proposer des produits accessibles, sensoriellement performants et scientifiquement crédibles.