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L’édition 2026 du Baromètre GreenFlex-ADEME de la consommation responsable confirme une évolution profonde du rapport des Français à leur alimentation. Manger n’est plus seulement un acte quotidien, culturel ou de plaisir : c’est devenu un sujet de santé, de transparence, de confiance et de responsabilité.
Comme le résume Laure Blondel, directrice conseil Marques, Produits et Consommation responsable chez GreenFlex, l’alimentation occupe une place particulière dans les dynamiques de consommation responsable, car elle touche directement au corps, à la santé, aux habitudes familiales et aux choix du quotidien. C’est aussi l’un des domaines dans lesquels chacun a le sentiment de pouvoir agir concrètement.
La santé devient le premier moteur du changement alimentaire
Le principal enseignement du baromètre est clair : les Français font désormais un lien direct entre ce qu’ils mangent et leur santé. 80 % d’entre eux citent leur santé et leur bien-être personnel parmi les principales motivations à changer leurs habitudes alimentaires, devant le bien-être de la planète et de l’environnement, cité par 74 %.
Ce basculement est important. Il ne signifie pas que les préoccupations environnementales disparaissent, mais que la santé personnelle devient une porte d’entrée majeure vers une alimentation plus responsable. Les consommateurs veulent avant tout prendre soin d’eux à travers leur alimentation.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les Français sont exposés à de nombreuses informations et controverses : pesticides, PFAS, métaux lourds, produits ultra-transformés, additifs, conservateurs… Ces sujets nourrissent une vigilance croissante et renforcent l’idée que l’alimentation peut avoir un impact direct sur la santé.
Une demande de transparence qui dépasse l’étiquette
Le baromètre met également en évidence une exigence croissante de transparence. Les consommateurs ne veulent plus seulement savoir ce qu’ils achètent : ils veulent comprendre ce que contient le produit, d’où il vient, comment il a été produit et dans quelles conditions.
Cette attente se traduit concrètement dans les comportements d’achat : 65 % des Français déclarent se renseigner systématiquement ou régulièrement sur la présence d’additifs ou de conservateurs avant d’acheter un produit alimentaire. L’emballage ne suffit plus toujours : les consommateurs cherchent aussi des informations via d’autres canaux, notamment les applications de scan.
La transparence attendue ne porte pas uniquement sur la composition. Elle concerne aussi l’histoire du produit : 74 % des Français prennent en compte son origine, 63 % ses modes de production et 64 % la rémunération des producteurs. Le succès de marques comme « C’est qui le patron ? », cité par Laure Blondel, illustre cette volonté de relier le produit à sa filière, à ses producteurs et à ses impacts sociaux.
Des consommateurs en quête de preuves, pas de promesses

Cette demande de transparence s’accompagne d’une défiance forte vis-à-vis des entreprises. Seuls 46 % des Français croient les entreprises lorsqu’elles communiquent sur leurs engagements de développement durable, et seulement 38 % leur font globalement confiance.
Pour les marques, l’enjeu n’est donc plus seulement de communiquer sur leurs engagements, mais de les documenter, de les rendre vérifiables et de reconnaître aussi les limites de leurs démarches. Comme le souligne Laure Blondel, la transparence ne consiste pas seulement à raconter ce qui va bien. Elle suppose aussi d’accepter de dire ce qui n’est pas encore parfait, ce qui reste à améliorer et les progrès qui doivent encore être accomplis.
Autrement dit, les consommateurs attendent moins de discours généraux et davantage de preuves concrètes, de données accessibles et d’éléments permettant de comprendre les choix réalisés par les marques.
Vers une alimentation plus végétale, mais sans rupture brutale
Le baromètre confirme également la progression du flexitarisme. 37 % des Français se déclarent désormais flexitariens, c’est-à-dire qu’ils limitent leur consommation de viande et de poisson à deux portions par semaine ou moins, contre 28 % en 2021. Dans le même temps, la part des consommateurs réguliers de viande et de poisson est passée de 61 % à 51 % en cinq ans.
Cette évolution traduit une modification réelle des habitudes alimentaires, mais elle reste progressive. La viande demeure associée au plaisir, aux habitudes et à certaines représentations de la santé. Le passage vers une alimentation plus végétale ne semble donc pas uniquement porté par l’effet de mode ou l’influence de l’entourage : il s’inscrit dans un arbitrage plus intime, entre santé, plaisir, culture alimentaire et convictions personnelles.
Consommer moins, mais mieux : une attente qui dépasse l’alimentation
L’un des chiffres les plus révélateurs du baromètre dépasse le seul secteur alimentaire : 78 % des Français estiment que produire autrement ne suffit plus et qu’il faut aussi consommer moins.
Cette donnée interroge directement les modèles économiques encore largement fondés sur la croissance des volumes, la multiplication des références et la complexification des offres. Pour Laure Blondel, les entreprises ont parfois créé une complexité excessive : trop de références, trop d’allégations, trop de labels, au risque de perdre le consommateur.
Dans ce contexte, simplifier l’offre devient un levier stratégique. Des gammes plus lisibles, des recettes plus qualitatives, des engagements mieux expliqués et des produits plus cohérents peuvent aider les consommateurs à faire des choix plus responsables, sans les noyer sous une surabondance d’informations ou de promesses.
Un signal fort pour les marques alimentaires
Le message du baromètre est clair : les consommateurs sont déjà en mouvement. La question n’est plus seulement de savoir s’ils sont prêts à changer, mais si les entreprises seront capables de les accompagner sur les thématiques :
- la santé est devenue un levier central de changement alimentaire ;
- la transparence doit porter sur la composition, l’origine, les modes de production et la filière ;
- les engagements doivent être prouvés, contextualisés et accessibles ;
- la simplicité de l’offre peut devenir un facteur de confiance.
L’alimentation apparaît ainsi comme un terrain privilégié pour réconcilier santé, plaisir et responsabilité. Mais cette réconciliation suppose de sortir des promesses trop générales pour construire une relation plus exigeante, plus honnête et plus documentée avec les consommateurs.
En 2026, les Français ne veulent plus seulement acheter un produit alimentaire. Ils veulent comprendre ce qu’ils mangent, pourquoi ils le choisissent et à quoi ce choix contribue. En ce sens, ils cherchent bien à reprendre le pouvoir sur leur alimentation.