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En décembre dernier, la Food Standards Agency (FSA) britannique a annoncé soutenir les propositions du Codex Alimentarius visant à établir un cadre international pour l’étiquetage de précaution des allergènes (Precautionary Allergen Labelling (PAL)). Cette prise de position intervient dans un contexte de réflexion mondiale sur la manière de rendre plus cohérentes et scientifiquement fondées les mentions du type « peut contenir », aujourd’hui largement utilisées mais appliquées de manière très variable par l’industrie agroalimentaire.
Le projet porté par le Comité du Codex sur l’étiquetage des denrées alimentaires (CCFL) s’appuie notamment sur l’introduction de seuils d’allergènes reposant sur la notion d’« eliciting dose » (ED). La recommandation actuelle prévoit l’utilisation du seuil ED05, correspondant à la dose susceptible de provoquer une réaction allergique chez environ 5 % des personnes sensibles à l’allergène concerné. Concrètement, ce principe permettrait de définir des niveaux de contamination au-delà desquels un étiquetage de précaution serait nécessaire, et en-dessous desquels le risque serait considéré comme suffisamment faible pour ne pas justifier une mention PAL.
L’objectif de cette approche est double : améliorer la protection des consommateurs allergiques tout en réduisant l’usage excessif ou non fondé des avertissements « may contain ». En effet, l’absence de standard international a conduit à une prolifération d’avertissements parfois appliqués de manière prudente mais peu informative, ce qui peut réduire la confiance des consommateurs et limiter inutilement leurs choix alimentaires.
La FSA estime que l’adoption d’un cadre harmonisé basé sur des seuils scientifiques pourrait améliorer la clarté des informations fournies aux consommateurs et renforcer la cohérence des pratiques industrielles à l’échelle internationale. Selon l’agence, les bénéfices d’un standard mondial, en termes de gestion du risque et de compréhension des étiquettes, pourraient l’emporter sur les incertitudes encore associées à l’introduction de seuils.
L’autorité britannique souligne toutefois que l’introduction de seuils ne doit en aucun cas être interprétée comme un niveau de contamination acceptable. Les opérateurs doivent continuer à mettre en œuvre des mesures de maîtrise strictes afin de limiter au maximum les contaminations croisées dans les procédés de production. Le seuil proposé constitue avant tout un outil de communication du risque et non un objectif opérationnel pour les industriels.
Aussi, la FSA rappelle par ailleurs que les normes du Codex ont un statut volontaire, même si elles servent de référence internationale, notamment dans le cadre des règles de l’Organisation mondiale du commerce. Les États conservent donc la possibilité d’adopter des niveaux de protection plus stricts, à condition de pouvoir les justifier scientifiquement. Dans cette optique, le Royaume-Uni envisage plusieurs options stratégiques, dont un alignement sur l’approche ED05, l’introduction d’une flexibilité permettant d’appliquer des seuils plus protecteurs, ou encore la formulation d’une réserve sur la question des seuils.
Toutefois, certaines questions techniques demeurent, notamment concernant l’interaction entre les seuils PAL proposés et les systèmes existants pour d’autres catégories de consommateurs sensibles. La FSA a par exemple souligné la complexité liée au cas du gluten : les seuils pour l’étiquetage « sans gluten » reposent sur une concentration maximale, alors que l’approche Codex pour le PAL s’appuie sur une dose consommée par portion. Cette différence méthodologique pourrait nécessiter des ajustements pour éviter toute confusion chez les personnes atteintes de maladie cœliaque.
Malgré ces incertitudes, l’agence considère que l’état actuel des connaissances scientifiques soutient globalement la démarche du Codex. Elle estime que les bénéfices attendus d’un standard international harmonisé, en termes de gestion du risque, de cohérence réglementaire et de compréhension par les consommateurs, devraient l’emporter sur les risques potentiels liés à l’introduction de seuils.
La FSA recommande ainsi de soutenir les propositions du Codex en vue de l’adoption d’un cadre mondial pour l’étiquetage de précaution des allergènes. L’agence souligne néanmoins que la mise en œuvre d’un tel standard devra s’accompagner d’efforts importants de communication et d’éducation auprès des consommateurs et des opérateurs, ainsi que d’un suivi visant à évaluer son impact réel sur la sécurité des personnes allergiques et les pratiques industrielles. Si ces propositions du Codex sont confirmées lors des prochaines réunions, elles pourraient constituer une étape majeure vers l’harmonisation internationale de l’étiquetage de précaution des allergènes. Pour les opérateurs agroalimentaires, l’enjeu sera de s’approprier ces futurs seuils dans les démarches d’analyse de risque, de gestion de la contamination croisée et de communication consommateur, afin d’aligner les pratiques industrielles avec un cadre scientifique global.
Sources :
« FSA will support the Codex proposals on precautionary allergen labeling », FoodCompliance, 12/12/2025.
« FSA Position on the Codex Precautionary Allergen Labelling Standard including Allergen Thresholds », FSA, 05/12/2025.