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L’adoption de régimes alimentaires végétariens ou végétaliens est en forte progression dans de nombreux pays, portée par des motivations environnementales, éthiques et sanitaires. Sur le plan de la santé, ces régimes sont souvent associés à un risque réduit de maladies cardiovasculaires, de diabète ou d’obésité. Leur impact sur le risque de cancer reste cependant débattu. Plusieurs études ont suggéré un effet protecteur de régimes riches en végétaux, mais les résultats restent parfois contradictoires selon les types de cancer et les populations étudiées. Afin d’apporter des éléments plus robustes, des chercheurs ont réalisé une analyse combinée de plusieurs grandes cohortes internationales, permettant d’évaluer l’association entre différents types de régimes alimentaires et le risque de cancer dans une très large population.

Les chercheurs ont comparé le risque de cancer chez les participants selon cinq catégories alimentaires :

  • Consommateurs de viande (rouge ou transformée)
  • Consommateurs de volaille uniquement
  • Pescétariens (consommation de poisson mais pas de viande)
  • Végétariens (pas de consommation de consommation de viande ou poisson mais consommation d’œufs et/ou de produits laitiers)
  • Végans (pas de consommation de produits animaux)

L’analyse portait sur 17 types de cancers et sous-catégories, afin d’identifier d’éventuelles associations spécifiques entre les profils alimentaires et le risque de cancers digestifs, hormonodépendants ou hématologiques : cancer de la bouche et du pharynx, cancer de l’œsophage, cancer de l’estomac, cancer colorectal, cancer du foie, cancer du pancréas, cancer des poumons, cancer du sein, cancer de l’endomètre, cancer des ovaires, cancer de la prostate, cancer des reins, cancer de la vessie, cancer lymphatiques ou du sang.

L’étude repose sur une analyse combinée de neuf cohortes prospectives internationales regroupées dans le cadre du Cancer Risk in Vegetarians Consortium. Ces cohortes provenaient du Royaume-Uni, des États-Unis, de Taiwan et d’Inde. Au total, les chercheurs ont analysé les données de 1 817 477 participants répartis comme suit : 1 645 555 consommateurs de viande (90%), 57 016 consommateurs de volaille (3,1%), 42 910 pescétariens (2,4%), 63 147 végétariens (3,5%), et 8 849 végans (0,5%). Les participants ont été suivis pendant plusieurs années (jusqu’à plus de deux décennies pour certaines cohortes), ce qui a permis d’identifier les nouveaux cas de cancer diagnostiqués au cours du suivi. Au total, 220 387 cas de cancers ont été recensés pendant la période d’observation, dont notamment :30 528 cancers colorectaux, 61 368 cancers du sein, 45 946 cancers de la prostate et 7 193 cancers du rein.

Les associations entre le régime alimentaire et le risque de cancer ont été évaluées à l’aide de modèles de régression de Cox, ajustés pour plusieurs facteurs de confusion potentiels, notamment : l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, le tabagisme, la consommation d’alcool, l’activité physique et les facteurs socio-économiques.

Les résultats montrent que l’association entre régime alimentaire et risque de cancer varie selon le type de cancer étudié. Concernant le cancer colorectal, les chercheurs ont observé : un risque plus faible chez les pescétariens (–15 % par rapport aux consommateurs de viande) ; aucune différence significative chez les végétariens ; un risque plus élevé chez les végans (+40 %). Les analyses plus détaillées indiquent notamment une réduction du risque de cancer du côlon chez les pescétariens et une augmentation du risque de cancer du rectum chez les végans.

Pour d’autres types de cancers, les associations observées sont différentes. Les régimes végétariens ou pauvres en viande semblent associés à un risque plus faible pour plusieurs cancers, notamment : le cancer du sein (pescétariens et végétariens), le cancer de la prostate (consommateurs de volaille et végétariens), le cancer du rein (pescétariens et végétariens), le cancer du pancréas (végétariens), et le myélome multiple (végétariens). À l’inverse, un risque plus élevé de carcinome épidermoïde de l’œsophage a été observé chez les végétariens, bien que le nombre de cas reste relativement limité.

Les auteurs indiquent que les différences de risque observées entre les groupes alimentaires pourraient s’expliquer par des profils nutritionnels distincts. Les régimes végétariens sont généralement plus riches en fibres et plus pauvres en graisses saturées, ce qui peut contribuer à réduire le risque de certains cancers. En revanche, les régimes végétariens stricts, et surtout végans, peuvent être associés à des apports plus faibles en calcium, protéines, vitamine B12 et acides gras oméga-3, principalement apportés par les produits animaux. Or, le calcium et les produits laitiers sont considérés comme probablement protecteurs vis-à-vis du cancer colorectal, ce qui pourrait en partie expliquer certaines différences de risque observées entre les régimes alimentaires.

→ En conclusion, cette analyse portant sur près de 1,8 million de participants suggère que les régimes alimentaires peuvent influencer le risque de certains cancers, mais que les effets varient selon les types de cancer et les profils alimentaires. Les résultats indiquent notamment : une réduction du risque pour certains cancers chez les personnes consommant peu ou pas de viande, un effet potentiellement protecteur des régimes incluant du poisson, des associations plus complexes pour certains cancers digestifs.

Les auteurs mentionnent plusieurs limites importantes. Tout d’abord, il s’agit d’études observationnelles, ce qui ne permet pas d’établir une relation causale entre régime alimentaire et cancer. Par ailleurs, les groupes alimentaires diffèrent souvent sur de nombreux autres comportements de santé. Les personnes suivant un régime végétarien présentent par exemple généralement : un IMC plus faible, une consommation d’alcool plus faible et une activité physique plus élevée. Malgré les ajustements statistiques, un biais de confusion résiduel reste possible. De plus, le nombre de participants suivant un régime végétalien restait relativement limité comparé aux autres groupes, ce qui peut influencer la précision des estimations pour certains cancers. Enfin, les apports nutritionnels précis (calcium, vitamine B12, protéines, etc.) n’étaient pas toujours disponibles dans toutes les cohortes, ce qui limite l’interprétation des mécanismes biologiques.

 

« Vegetarian diets and cancer risk: pooled analysis of 1.8 million women and men in nine prospective studies on three continents »

Article publié le 27 février 2026 dans British Journal of Cancer

Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1038/s41416-025-03327-4

Photo d’illustration issue de la banque d’images Pexels. Crédit : Tara Winstead