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En vieillissant, plusieurs fonctions digestives peuvent se dégrader, notamment la production d’acide gastrique, la sécrétion d’enzymes pancréatiques et la motilité gastro-intestinale. Ces modifications, parfois regroupées sous le terme de « sénescence digestive », peuvent réduire l’efficacité de la digestion et de l’absorption des nutriments, contribuant potentiellement à la malnutrition ou à la perte de masse musculaire chez les personnes âgées. Dans ce contexte, les compléments d’enzymes digestives sont parfois proposés comme stratégie nutritionnelle pour améliorer la digestion des macronutriments et la biodisponibilité des nutriments. Toutefois, les preuves cliniques chez des adultes en bonne santé restent limitées.

L’objectif principal de l’étude était d’évaluer si la co-ingestion d’un mélange d’enzymes digestives avec un repas standardisé modifie les concentrations plasmatiques de nutriments après le repas, notamment les acides aminés, chez des adultes d’âge moyen et plus âgés.

Pour cela, les auteurs ont mis en place, un essai clinique randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo et en cross-over. Au final, 25 volontaires de 40 à 75 ans ont été inclus. Ces derniers devaient avoir un IMC compris entre 18 et 29,99 kg/m² et une glycémie à jeun inférieure à 100 mg/dL. Les participants ont reçu soit : un mélange d’enzymes digestives microbiennes (ENZ), soit un placebo (PLA) pendant deux périodes d’intervention de 3 semaines, séparées par une période de wash-out. La préparation enzymatique en gélules de cellulose contenait trois protéases issues de la fermentation koji d’Aspergillus, une lipase de Candida cylindracea, une amylase d’Aspergillus oryzae et une glucoamylase d’Aspergillus niger. Lors de chaque phase expérimentale, les participants consommaient un repas standardisé de 435 kcal comprenant environ 34 g de protéines, 51 g de glucides et 11 g de lipides et composé de 75 g de blanc de poulet, 200 g de purée de pommes de terres, 11 g de beurre, 118 mL de lait et 120 g de petits pois à la vapeur.  Des prélèvements sanguins ont ensuite été réalisés sur une période postprandiale de 5 heures afin de mesurer les concentrations plasmatiques de différents biomarqueurs, notamment : les acides aminés essentiels (EAA), la leucine, les acides aminés totaux, le glucose, l’insuline et les acides gras non estérifiés (NEFA).

Après la consommation du repas, les concentrations plasmatiques d’acides aminés ont augmenté de manière significative au cours de la période postprandiale, comme attendu après l’ingestion de protéines. Toutefois, aucune différence significative n’a été observée entre la supplémentation enzymatique et le placebo pour les concentrations totales d’acides aminés essentiels. L’aire sous la courbe des acides aminés essentiels n’était pas différente entre les deux conditions.   Des résultats similaires ont été observés pour les autres catégories de biomarqueurs (BCAA, acides aminés totaux et insuline). Cependant, une différence notable a été observée concernant la cinétique d’apparition de la leucine dans le plasma : le temps nécessaire pour atteindre la concentration maximale était plus court avec la supplémentation enzymatique qu’avec le placebo. Les concentrations plasmatiques de glucose postprandiales et de NEFA (P = 0,001) étaient plus élevés avec l’ENZ qu’avec le placebo.

L’analyse des profils postprandiaux a également permis d’identifier trois profils distincts de réponse métabolique chez les participants. Ces profils étaient associés à des facteurs individuels tels que l’apport habituel en macronutriments, le sexe, l’indice de masse corporelle et la masse maigre :

  • Le cluster 1 regroupe des participants présentant une augmentation rapide et marquée des acides aminés essentiels et de la leucine après le repas, suivie d’un retour relativement rapide vers les concentrations basales. Ces individus avaient tendance à présenter une masse maigre plus élevée et un IMC plus faible, suggérant une digestion et une utilisation des protéines plus efficaces.
  • Le cluster 2 correspond à un profil intermédiaire, caractérisé par une élévation modérée et progressive des acides aminés plasmatiques, avec un pic plus tardif et une décroissance plus lente. Ce profil semble représenter une réponse métabolique moyenne observée chez la majorité des participants.
  • Le cluster 3 est caractérisé par une réponse postprandiale plus faible ou plus retardée des acides aminés circulants, suggérant une digestion ou une absorption moins efficace des protéines alimentaires. Les participants appartenant à ce cluster présentaient plus fréquemment un IMC plus élevé, une masse maigre plus faible et des apports alimentaires différents en macronutriments.

→ En conclusion, cette étude clinique indique que la supplémentation en enzymes digestives peut modifier légèrement la cinétique de digestion et d’absorption des nutriments, notamment en accélérant l’apparition de certains acides aminés dans le sang après un repas. Bien que les concentrations globales d’acides aminés n’aient pas été significativement modifiées, les résultats suggèrent que les enzymes digestives pourraient améliorer l’efficacité de la digestion des macronutriments, en particulier chez certains profils d’individus.

Plusieurs limites doivent être prises en compte dans l’interprétation des résultats : la taille d’échantillon est relativement limitée, les participants étaient globalement en bonne santé, ce qui limite l’extrapolation aux populations présentant des troubles digestifs ou une malnutrition et l’étude portait sur des effets postprandiaux aigus, et ne permet pas d’évaluer l’impact à long terme d’une supplémentation enzymatique.

 

« Oral Multienzyme Supplementation Alters Postprandial Plasma Nutrient Concentrations after a Mixed Meal in Healthy Middle-Aged and Older Adults: A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled, Crossover Trial »

Article publié le 27 février 2026 dans The Journal of Nutrition

Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1016/j.tjnut.2026.101400

Photo d’illustration issue de la banque d’images Pexels. Crédit : Suzy Hazelwood