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Dans un avis scientifique publié le 14 janvier dernier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) s’est à nouveau penchée sur la question de la sécurité du DHA (acide docosahexaénoïque), un acide gras oméga-3 largement utilisé dans les compléments alimentaires pour ses effets potentiels sur la santé cardiovasculaire, cognitive et visuelle. Cette réévaluation faisait suite à une demande de la Commission européenne visant à :

  • réévaluer, au regard des nouvelles données scientifiques disponibles, le niveau d’apport sans risque (1 g/jour) pour la supplémentation en DHA seule, qui avait été établi pour la population générale en 2012 ;
  • établir un niveau d’apport sans risque ou, si les données le permettent, une limite supérieure de sécurité (LSS) pour la supplémentation en DHA seule pour tous les groupes de population et, le cas échéant, pour des sous-groupes vulnérables spécifiques.

Pour répondre à ces questions, l’EFSA a analysé les essais contrôlés randomisés et les études comparatives non randomisées d’interventions étudiant l’effet d’une supplémentation en DHA à des doses ≥ 1 g/jour (provenant d’une source avec un rapport EPA/DHA < 0,3) avec une administration par voie orale pendant au moins 8 semaines. Le groupe a analysé en particulier les risques sur les complications hémorragiques (temps de saignement, fonction plaquettaire, paramètres de coagulation sanguine etc.), l’homéostasie du glucose, le profil lipidique sanguin, les marqueurs de la peroxydation lipidique, la fonction immunitaire, les complications de grossesse, ainsi que ceux liés à la sécurité, la tolérance et les effets indésirables. Le risque d’hémorragie spontanée a été retenu comme effet critique pour servir de base à la détermination d’une limite supérieure de sécurité (UL) et de l’apport quotidien sûr, pour la supplémentation en DHA seul.

Malgré l’existence d’études utilisant des doses supérieures à 1 g/j, les experts n’ont pas identifié de signal cohérent permettant d’établir une relation dose-effet claire en matière d’effets indésirables. En l’absence de données suffisamment robustes pour caractériser une relation dose-réponse, l’EFSA conclut qu’il n’est pas possible de fixer une limite supérieure de sécurité pour le DHA. L’EFSA maintient donc la valeur déjà retenue depuis 2012 en établissant un apport sans risque qu’elle fixe à 1g/j. Cet apport sans risque s’applique au DHA ajouté aux denrées alimentaires (compléments alimentaires, aliments enrichis), sous toutes formes chimiques, provenant de sources contenant du DHA seul ou bien majoritairement du DHA (rapport EPA/DHA <0,3), et pour l’ensemble de la population, y compris les femmes enceintes, allaitantes et les enfants.

L’apport sans risque diffère d’une limite supérieure de sécurité (UL) puisqu’il repose sur des apports jusqu’auxquels aucun effet indésirable n’a été observé avec les données disponibles, sans pour autant permettre d’identifier un seuil au-delà duquel un risque avéré apparaîtrait, contrairement à l’UL qui correspond à une valeur toxicologique fondée sur l’identification d’un effet critique et d’une relation dose–effet.

Au final, l’EFSA adopte une approche conservatrice mais cohérente avec son cadre d’évaluation : en l’absence de preuves solides de nocivité, elle privilégie une valeur prudente. Un message clair pour les consommateurs avertis et les professionnels : si le DHA reste globalement sûr à dose modérée, l’usage à forte dose repose encore sur des bases scientifiques insuffisamment étayées. Cet avis scientifique de l’EFSA contraste avec les choix réglementaires de certains pays européens, comme le Danemark, la Norvège ou l’Islande, qui autorisent actuellement des teneurs plus élevées en DHA dans les compléments alimentaires. L’avis de l’EFSA pourrait ainsi conduire ces pays à réexaminer leurs seuils nationaux, dans un souci d’harmonisation et de précaution.

 

Source : EFSA NDA Panel (EFSA Panel on Nutrition, Novel Foods and Food Allergens), Turck, D., Bohn, T., Cámara, M., Castenmiller, J., de Henauw, S., Hirsch-Ernst, K.-I., Jos, A., Maciuk, A., Mangelsdorf, I., McNulty, B., Naska, A., Pentieva, K., Thies, F., Siani, A., Craciun, I., & Martínez, S. V. (2026). Scientific Opinion on the tolerable upper intake level for supplemental docosahexaenoic acid. EFSA Journal, 24(1), e9858. https://doi.org/10.2903/j.efsa.2026.9858