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Le cadmium est un élément métallique toxique, naturellement présent dans l’environnement, mais dont la concentration dans les sols agricoles a été significativement augmentée par les activités anthropiques, notamment l’usage d’engrais phosphatés. Sa forte persistance et sa capacité à s’accumuler dans les matrices végétales en font un contaminant particulièrement préoccupant pour la chaîne alimentaire.

Il est reconnu comme substance cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction et il est classé comme « cancérogène pour l’Homme » par le Centre International de Recherche sur le Cancer. Sa toxicité est cumulative, c’est-à-dire que le risque d’effets néfastes augmente avec la dose accumulée au cours du temps.

Contrairement à d’autres contaminants associés à des catégories spécifiques de denrées, le cadmium se distingue par son caractère diffus : il est présent dans de nombreux aliments courants, notamment d’origine végétale. Dans ce contexte, le rapport récent de l’ANSES confirme que, hors exposition tabagique, l’alimentation constitue la principale voie d’exposition de la population générale. Ce constat repositionne le cadmium comme un enjeu structurant pour les politiques de sécurité sanitaire et pour les stratégies industrielles des acteurs agroalimentaires.

L’expertise menée par l’ANSES s’inscrit dans une logique d’évaluation globale de l’exposition au cadmium, en intégrant l’ensemble des sources et des voies d’exposition (alimentaires et non alimentaires). L’objectif est triple :

  • Développer une méthode d’évaluation de l’exposition,
  • Caractériser la contribution des sources d’expositions sur les niveaux d’imprégnation de la population française,
  • Étudier différentes actions permettant de réduire l’imprégnation.

L’approche méthodologique repose sur un cadre intégratif combinant données d’exposition et modélisation toxicocinétique. Les données alimentaires sont issues des Études de l’Alimentation Totale (EAT), qui présentent l’avantage d’analyser les denrées « telles que consommées » (après préparation domestique), offrant ainsi une estimation réaliste de l’exposition chronique. Ces données sont ensuite croisées avec des informations relatives aux concentrations en cadmium et aux habitudes de consommation. L’originalité du travail repose sur l’agrégation des expositions multi-sources et leur traduction en imprégnation interne via des modèles toxicocinétiques. Cette modélisation permet de simuler les trajectoires d’exposition tout au long de la vie et d’identifier les contributions relatives des différentes sources, avec une résolution par classes d’âge et profils socio-démographiques.

Le premier enseignement majeur est la confirmation du rôle central de l’alimentation dans l’exposition au cadmium. En population générale, elle constitue la principale source d’imprégnation, loin devant les autres voies d’exposition (comme le tabagisme).

Les aliments identifiés comme principaux contributeurs sont essentiellement des denrées de consommation courante : pommes de terre et légumes, produits céréaliers (pain, pâtes, riz, blé), et produits céréaliers transformés (biscuits, viennoiseries, pâtisseries). Chez l’adulte, la contribution du pain et des produits de panification est particulièrement marquée, en lien avec leur fréquence de consommation. Ce résultat est structurant : l’exposition ne repose pas sur des aliments à forte contamination isolée, mais sur une exposition chronique à faibles doses via des aliments de base.

Un point critique mis en évidence par l’ANSES est que les niveaux actuels d’exposition conduisent, pour une partie de la population, à dépasser les valeurs toxicologiques de référence, y compris lorsque les teneurs réglementaires maximales dans les denrées sont respectées. Ainsi, 47,6% de la population adulte dépasse la concentration critique en cadmium urinaire. Cela traduit une inadéquation entre une approche réglementaire fondée sur des seuils par produit, et une réalité d’exposition cumulative multi-aliments.

L’analyse met en évidence que la contamination des denrées alimentaires en cadmium est largement déterminée par : la teneur des sols agricoles, les apports en cadmium via les engrais phosphatés et les pratiques agronomiques influençant le transfert sol-plante. Ainsi, les leviers de maîtrise du risque se situent principalement en amont de la chaîne alimentaire, au niveau de la production primaire.

L’ANSES met en évidence un changement de paradigme dans la gestion des contaminants alimentaires. Le cadmium ne peut plus être appréhendé comme un risque ponctuel, mais comme un contaminant systémique, intrinsèquement lié aux systèmes agricoles et aux habitudes alimentaires.

Dans ce contexte, plusieurs implications majeures se dégagent :

  • une nécessité probable de révision à la baisse des teneurs maximales réglementaires,
  • un renforcement des stratégies de maîtrise en amont (qualité des intrants, pratiques agricoles),
  • une intégration du risque cadmium dans les politiques de sourcing et de formulation des industriels.

Enfin, le rapport souligne que les marges de manœuvre au niveau du consommateur sont limitées, du fait du caractère ubiquitaire des aliments contributeurs. La réduction de l’exposition repose donc prioritairement sur une mobilisation coordonnée des acteurs de la chaîne alimentaire, de l’amont agricole jusqu’au produit fini.

 

« Avis de l’Anses relatif à la priorisation des leviers d’action pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium selon une approche d’exposition agrégée »

Avis publié le 25 mars 2026 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

Lien (article et avis en accès libres) : https://www.anses.fr/fr/content/cadmium-agir-des-present-la-source-de-la-contamination-des-sols

Photo d’illustration issue du site de l’Anses. Crédit : Anses