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Les systèmes alimentaires actuels exercent une pression considérable à la fois sur la santé humaine et sur l’environnement. L’agriculture représente notamment une part importante de l’utilisation des terres, de la consommation d’eau douce et des émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, les régimes alimentaires riches en sucres ajoutés, en viande et en graisses saturées, et pauvres en fruits, légumes et céréales complètes, contribuent fortement au développement des maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires ou certains cancers. Afin de répondre à ces enjeux, la Commission EAT-Lancet a proposé en 2019 le Planetary Health Diet (PHD), un modèle alimentaire visant à concilier santé humaine et durabilité environnementale. Ce modèle privilégie les aliments d’origine végétale (fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, fruits à coque), tout en recommandant une consommation limitée de viande rouge, de sucres ajoutés et de graisses saturées. Cependant, l’adoption réelle de ce modèle alimentaire en Europe reste encore mal documentée.

L’objectif de cette étude était d’évaluer et de comparer le niveau d’adhésion au Planetary Health Diet dans neuf pays européens, afin de déterminer dans quelle mesure les régimes alimentaires actuels s’alignent avec les recommandations de ce modèle alimentaire durable.

L’étude s’appuie sur des enquêtes alimentaires nationales représentatives réalisées après 2013 dans neuf pays européens : Espagne, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Pays-Bas, Portugal, Suisse et Royaume-Uni. Au total, les données de 16 083 adultes ont été analysées.

L’adhésion au Planetary Health Diet a été évaluée à deux niveaux :

  • Respect des recommandations par groupe d’aliments, en comparant les consommations observées aux valeurs cibles de la PHD.
  • Score global d’adhésion, calculé à partir de trois indices nutritionnels reconnus permettant d’évaluer la qualité nutritionnelle et la durabilité du régime alimentaire.

Ces trois indices nutritionnels étaient :

  • Le « World Index for Sustainability and Health (WISH) » : évalue la durabilité et la qualité sanitaire de l’alimentation à partir de 13 groupes d’aliments classés comme neutres, protecteurs ou nocifs, chacun étant noté de 0 à 10 selon le respect des apports de référence du Planetary Health Diet, pour un score total allant de 0 à 130.
  • Le “EAT-Lancet Index (ELI) » : mesure l’adhésion au Planetary Health Diet à partir de 14 groupes d’aliments, répartis entre aliments à favoriser et aliments à limiter, chacun étant noté de 0 à 3 selon la proximité avec les recommandations, pour un score total compris entre 0 et 42.
  • Le « EAT-Lancet Diet Index (ELD-I) » : évalue l’alignement global du régime avec le Planetary Health Diet en attribuant un score proportionnel à 14 groupes d’aliments ajusté à l’apport énergétique, les consommations favorables augmentant le score et les écarts aux recommandations générant des scores négatifs.

Les résultats montrent que les régimes alimentaires européens s’écartent nettement des recommandations du Planetary Health Diet, et ce dans l’ensemble des neuf pays étudiés. Les scores d’adhésion calculés à partir des indices WISH, ELI et ELD-I indiquent globalement une faible conformité aux recommandations, suggérant que les habitudes alimentaires actuelles restent largement dominées par des produits d’origine animale et des aliments riches en sucres ou en graisses saturées, au détriment des aliments d’origine végétale.

 

Dans la majorité des pays analysés, la consommation d’aliments considérés comme favorables à la santé et à la durabilité environnementale reste insuffisante. Les céréales complètes, légumineuses, fruits à coque et graines, ainsi que les légumes et huiles végétales insaturées, sont généralement consommés en quantités bien inférieures aux niveaux recommandés par la PHD, atteignant souvent moins de la moitié des apports cibles. À l’inverse, les aliments dont la consommation devrait être limitée dans ce modèle alimentaire sont largement surreprésentés dans les régimes européens. C’est notamment le cas des viandes rouges, en particulier le porc dans plusieurs pays, mais aussi des graisses saturées et des sucres ajoutés, qui contribuent fortement aux faibles scores d’adhésion observés. Ce déséquilibre global reflète la persistance d’un modèle alimentaire occidental caractérisé par une forte densité énergétique et une part élevée d’aliments d’origine animale.

L’analyse comparative révèle néanmoins des variations notables entre les pays européens. Les pays présentant les niveaux d’adhésion les plus élevés au Planetary Health Diet sont l’Espagne, les Pays-Bas et le Portugal, où les régimes alimentaires comportent généralement une part plus importante d’aliments végétaux, notamment de fruits, légumes et huiles végétales. À l’inverse, les scores les plus faibles sont observés en Hongrie, au Royaume-Uni et en Estonie, où la consommation de viande rouge, de produits transformés et de sucres ajoutés reste relativement élevée. Ces différences reflètent en partie les traditions culinaires et les structures alimentaires nationales, ainsi que les politiques nutritionnelles et les habitudes de consommation propres à chaque pays.

L’étude met également en évidence plusieurs facteurs associés à une meilleure adhésion au régime recommandé. Les femmes présentent généralement des scores d’adhésion plus élevés que les hommes, tout comme les personnes plus âgées, dont les habitudes alimentaires semblent davantage alignées avec les recommandations nutritionnelles. Par ailleurs, un niveau d’éducation plus élevé est également associé à une meilleure conformité au Planetary Health Diet, ce qui suggère que les déterminants socio-économiques et les connaissances nutritionnelles jouent un rôle important.

En conclusion, cette étude montre que les régimes alimentaires européens actuels présentent des écarts systématiques par rapport au Planetary Health Diet. Les principaux déséquilibres concernent :une consommation insuffisante d’aliments végétaux riches en fibres et micronutriments et une consommation excessive de viande rouge, de sucres ajoutés et de graisses saturées. Ces résultats suggèrent que la transition vers des régimes alimentaires plus durables nécessitera des actions structurelles et des politiques publiques coordonnées, et pas uniquement des changements individuels de comportement.

 

« Are European diets healthy and sustainable? Evidence from nine countries using the planetary health diet framework »

Article publié le 7 mars 2026 dans European Journal of Nutrition

Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1007/s00394-026-03929-5

Photos d’illustration issue de la banque d’images Pixabay. Crédit : MabelAmber