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Réévaluation du sucralose (E 955)
L’EFSA a publié son avis de réévaluation du sucralose en février. Une revue systématique des études animales et cliniques a été menée par les auteurs. 27 études animales et 38 études humaines ont été retenues pour analyser les effets suivants : poids, métabolisme glucidique, hématologie, inflammation, hépatotoxicité, néphrotoxicité, toxicité pour la reproduction, neurotoxicité, toxicité thyroïdienne, carcinogénicité. L’analyse montre : l’absence de signal de génotoxicité in vivo, de cancérogénicité, de toxicité reproductive, et d’effet métabolique cohérent chez l’homme. Le seul effet identifié : une réduction du poids corporel à fortes doses chez le rat qui est interprété comme lié à une action locale gastro-intestinale, notamment associée à une augmentation du poids du caecum. En l’absence de nouveaux signaux toxicologiques, le Panel conclut au maintien de la DJA de 15 mg/kg pc/j.
Pour les études d’exposition, 234 niveaux d’usage ont été analysés. La majorité des produits contenant du sucralose étaient des boissons aromatisées et des sauces selon les dosages disponibles. D’après les données de Mintel, au moment de l’analyse, E 955 est présent dans 9596 produits, notamment des boissons nutritionnelles et substituts de repas, des vitamines et compléments alimentaires, des sodas et des boissons énergétiques. Selon le scénario le plus réaliste, l’exposition de toutes les catégories de population est inférieure à la DJA en moyenne et pour le 95ème percentile (14,3 mg/kg/jour pour les bébés de 12 à 35 mois au maximum). Il existe un risque de dépassement chez les bébés de 12 à 35 mois pour le 95ème percentile selon l’un des scénarios (15,2 mg/kg/jour) et pour les consommateurs d’édulcorants de table (jusqu’à 18,8 mg/kg/jour). Le panel considère que, s’il y a des incertitudes (comme sur l’utilisation de sucralose dans la cuisine maison), elles conduisent plutôt à une surestimation de l’exposition qu’à une sous-estimation.
En parallèle de cette réévaluation, le panel a évalué la sécurité d’une proposition d’extension de l’usage du sucralose aux produits de boulangerie fine à valeur énergétique réduite ou sans sucres ajoutés (par exemple : cookies, barres de céréales, pâtisserie…). Cette demande avait été faite par une entreprise souhaitant l’utiliser à un niveau maximal de 700 mg/kg afin de réduire les quantités d’énergie et de sucres ajoutés, sans avoir à augmenter la teneur en matières grasses des produits. Le panel a considéré que la littérature scientifique montrait que le E 955 n’était pas stable à des températures de cuisson de produits de boulangerie. Des études expérimentales ont mis en évidence une dégradation du sucralose à des températures élevées (≥ 120–180 °C selon les matrices), avec formation possible de composés chlorés tels que le 4-chloro-4-désoxy-galactose (4-CG), le 1,6-dichloro-1,6-didésoxyfructose (1,6-DCF) et, dans certaines conditions extrêmes, de dérivés chlorés supplémentaires. Le panel a souligné que la formation et la quantité de ces produits de dégradation dépendaient fortement des conditions de cuisson (température, durée, humidité, pH et composition de la matrice). Il a également noté que certaines conditions expérimentales étudiées n’étaient pas toujours représentatives des procédés industriels standards, mais qu’une incertitude demeurait quant à la stabilité du sucralose dans l’ensemble des conditions de cuisson domestiques ou artisanales. Les calculs d’exposition tenant compte de cette extension d’utilisation ne montrent pas de dépassement de la DJA pour tous les groupes de population sauf dans un scénario pour le 95ème percentile des bébés de 12 à 35 mois (jusqu’à 16,0 mg/kg/jour). La possibilité d’un transfert de chlore du sucralose vers des molécules organiques lors des procédés de cuisson à température élevée soulève une incertitude toxicologique. La catégorie FC 7.2 couvre en effet une grande diversité de procédés de cuisson, impliquant des températures et des durées variables selon les produits. En l’absence de données complémentaires couvrant l’ensemble des conditions de transformation pertinentes, le panel a conclu qu’il ne pouvait pas se prononcer sur la sécurité de l’extension d’usage proposée du sucralose dans les produits de boulangerie fine à teneur réduite en énergie ou sans sucres ajoutés.
Point sur les derniers échanges au sein du groupe de travail sur les additifs
Le groupe de travail sur les additifs alimentaires s’est réuni les 27 et 28 novembre dernier ; et le 14 janvier ; les comptes rendus de ces réunions ont été publiés sur le site internet des autorités néerlandaises. Voici ci-dessous un résumé de quelques échanges.
Utilisation d’additifs alimentaires dans la production de jus de fruits à teneur réduite en sucres
La Belgique avait expliqué dernièrement que plusieurs substances sont utilisées dans la production de jus de fruits à teneur réduite en sucres, obtenus selon 2 procédés (filtration membranaire, et fermentation). La Belgique et les autres Etats membres indiquaient que les substances utilisées pour améliorer le fonctionnement de la levure ne peuvent être considérées comme des auxiliaires technologiques que si elles sont entièrement absorbées par la levure et que si celle-ci est ensuite retirée du processus de production. La question du statut (auxiliaires ou additifs) reste encore en suspens. La DG AGRI a été contactée ; les Etats membres peuvent encore faire part de leurs commentaires.
Utilisation du glycérol (E 422) dans la propolis
Un État membre a posé une question concernant la propolis (biologique) et l’utilisation du glycérol (E 422) comme solvant. Pour les produits biologiques, le glycérol peut être utilisé comme solvant et support dans les extraits de plantes et dans les arômes. Or, la propolis est produite par les abeilles, ce n’est ni une plante, ni un extrait végétal, ni un arôme. Cela crée donc une incertitude juridique sur l’applicabilité de cette autorisation du E 422 dans la propolis. Les États membres pouvaient faire part de leurs commentaires ; la discussion se poursuit.
Demande d’extension d’utilisation du E 1204 (pullulane)
Pour rappel, le pullulane est autorisé pour une utilisation dans deux catégories de denrées uniquement : les microconfiseries sous forme de films destinées à rafraîchir l’haleine et dans les compléments alimentaires en gélules et en comprimés. Une demande d’extension d’utilisation à plusieurs autres catégories de denrées alimentaires a été déposée en 2016 (pour encapsuler des nutriments). Ceci pouvant augmenter significativement la consommation de cet additif alimentaire ; une réévaluation récente de cet additif a été effectuée par l’EFSA (avis publié en mars 2025). L’EFSA a conclu qu’il n’était pas nécessaire d’établir une DJA et que l’utilisation élargie était sûre. L’EFSA a recommandé d’ajuster les spécifications de cet additif. Lors de la dernière réunion, la Commission avait estimé qu’il n’était pas nécessaire d’inclure un avertissement concernant les troubles gastro-intestinaux sur l’étiquette des produits concernés, puisque ces troubles ne surviennent que si la consommation est très élevée. La Commission a soumis un projet de règlement : les Etats membres ont fait part de leurs commentaires et les discussions reprendront lors de la prochaine réunion.
Suivi de réévaluation du E 174 (argent)
Pour rappel, suite à la publication d’un avis EFSA en 2015 et l’impossibilité pour le panel de démontrer l’innocuité du E 174 faute de données suffisantes pour réaliser l’évaluation de la sécurité de cet additif alimentaire, la Commission avait proposé lors des derniers échanges, de retirer l’autorisation de cet additif. La Commission a présenté un projet de règlement allant dans ce sens ; les Etats membres sont parvenus à un consensus ; le projet de règlement devrait donc être voté en réunion CPVADAAA prochainement.
Suivi de réévaluation des E 220 – 228 (anhydride sulfureux et sulfites)
En 2022, l’EFSA publiait un suivi de réévaluation des E 220 – E 228 et indiquait que les niveaux actuels d’utilisation de l’anhydride sulfureux et des sulfites peuvent être préoccupant. Le vin, la bière, les préparations à base de viande, les jus de fruits, les préparations à base de fruits, les boissons aromatisées, les fruits secs (pour les enfants) et les confiseries (pour les enfants) contribuent de manière significative à l’exposition à ces additifs alimentaires. La Commission a calculé que la marge d’exposition (MOE) est trop faible pour plusieurs groupes de population : en clair, l’écart de sécurité entre la dose réellement consommée par la population et la dose considérée comme sans risque est insuffisant. Les États membres ont alors été consultés sur les prochaines étapes ; plusieurs d’entre eux ont déjà fait part de leurs observations. Les discussions se poursuivent.
Sources :
EFSA FAF Panel (EFSA Panel on Food Additives and Flavourings), Castle, L., Andreassen, M., Aquilina, G., Bastos, M. L., Boon, P., Fallico, B., FitzGerald, R., Fernandez, M. J. F., Grasl-Kraupp, B., Gundert-Remy, U., Gürtler, R., Houdeau, E., Kurek, M., Louro, H., Morales, P., Passamonti, S., Batke, M., Douros, A., … Lodi, F. (2026). Re-evaluation of sucralose (E 955) as a food additive and evaluation of a new application on extension of use of sucralose (E 955) in fine bakery wares. EFSA Journal, 24(2), e9854. https://doi.org/10.2903/j.efsa.2026.9854
Compte rendu de la réunion du groupe de travail du 14 janvier 2026, Site internet des autorités néerlandaises, 13/02/2026.
Compte rendu de la réunion du groupe de travail des 27 et 28 novembre 2025, Site internet des autorités néerlandaises, 13/02/2026.