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Face à deux produits alimentaires, choisir celui dont la liste d’ingrédients est la plus courte peut sembler être un moyen simple d’identifier le plus sain. Cette idée, souvent associée au concept de « clean label » est pourtant peu documentée scientifiquement. Une étude a donc cherché à déterminer si le nombre d’ingrédients constitue réellement un bon indicateur de la qualité nutritionnelle d’un aliment.

Les chercheurs ont émis l’hypothèse qu’un nombre élevé d’ingrédients n’était pas nécessairement associé à une moins bonne qualité nutritionnelle. Pour le vérifier, ils ont analysé 1 930 produits commercialisés au Québec, répartis en cinq catégories : 340 pains tranchés, 347 sauces pour pâtes, 487 charcuteries tranchées, 369 barres granola et 387 yaourts et desserts laitiers. Les produits avaient été collectés dans différents commerces de Québec entre 2021 et 2024.

Pour chaque produit, les chercheurs ont comptabilisé le nombre d’ingrédients puis évalué sa qualité nutritionnelle avec deux systèmes complémentaires :

  • Le Nutri-Score, utilisé ici sous sa forme numérique : plus le score est élevé, moins la qualité nutritionnelle est considérée comme bonne.
  • Le symbole nutritionnel canadien en face avant des emballages, ou C-FOP, qui signale les produits dépassant certains seuils pour les graisses saturées, les sucres ou le sel.

Le nombre moyen d’ingrédients variait fortement selon les produits. Il allait par exemple de 6,1 ingrédients pour les yaourts grecs et skyr à 23,7 pour certaines barres granola aux fruits. La qualité nutritionnelle variait elle aussi considérablement : 96,5 % des charcuteries tranchées auraient dû afficher au moins un avertissement nutritionnel canadien, contre seulement 18,9 % des yaourts et desserts laitiers.

Les résultats montrent surtout qu’il n’existe pas de relation simple et systématique entre longueur de la liste d’ingrédients et qualité nutritionnelle. Avec le Nutri-Score, un nombre plus élevé d’ingrédients était effectivement associé à une moins bonne qualité nutritionnelle pour les sauces pour pâtes, les barres granola ainsi que les yaourts et desserts laitiers. En revanche, aucune association significative n’était observée pour les pains tranchés et les charcuteries. Les résultats obtenus avec l’étiquetage canadien étaient encore plus contrastés. Dans les sauces pour pâtes, davantage d’ingrédients était associé à une probabilité supérieure de dépasser au moins un seuil nutritionnel. Mais c’était l’inverse pour les pains tranchés et les yaourts et desserts laitiers : les produits comportant davantage d’ingrédients étaient moins susceptibles de nécessiter un avertissement. Pour les barres granola, une liste plus longue était également associée à une probabilité plus faible de dépasser le seuil concernant les sucres.

Les différences apparaissaient même au sein d’une seule catégorie. Parmi les charcuteries, par exemple, davantage d’ingrédients était associé à un meilleur Nutri-Score pour les produits à base de bœuf et de porc, mais à un moins bon score pour ceux à base de volaille.

Pour les auteurs, ces observations invitent surtout à s’intéresser à ce que contient la liste plutôt qu’à sa longueur. Un pain multigrains composé de nombreuses céréales peut avoir davantage d’ingrédients qu’un pain blanc classique tout en présentant une composition nutritionnelle plus intéressante. De même, une sauce contenant plusieurs légumes ne devrait pas être considérée comme moins saine uniquement parce que sa liste d’ingrédients est plus longue.

Cette étude nuance également le raccourci entre la longue liste d’ingrédients, l’aliment ultratransformé et la mauvaise qualité nutritionnelle. Certains ingrédients supplémentaires peuvent avoir une fonction nutritionnelle, technologique ou sanitaire. Le simple fait de les compter ne renseigne donc ni sur leur nature, ni sur leur quantité, ni sur la composition nutritionnelle globale du produit.

→ En conclusion, cette étude ne confirme pas l’idée selon laquelle moins un aliment contient d’ingrédients, meilleure serait nécessairement sa qualité nutritionnelle. La relation varie selon les catégories, les sous-catégories et la méthode utilisée pour évaluer les produits. .

 

« Ingredient Count Is Not a Reliable Indicator of Nutritional Quality: Analysis Across and Within 5 Processed Food Categories in Québec, Canada »

Article publié le 28 juillet 2026 dans Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics

Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1016/j.jand.2026.156426

Photo d’illustration générée par IA