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Lentilles, pois chiches, haricots, fèves ou pois cassés occupent encore une place relativement modeste dans l’alimentation des Français. Pourtant, les légumineuses sont régulièrement présentées comme des aliments clés pour favoriser une alimentation à la fois plus végétale, favorable à la santé et compatible avec les enjeux environnementaux.
L’objectif des auteurs était de comparer les niveaux de consommation actuels aux quantités proposées par plusieurs scénarios alimentaires prospectifs.
Pour cela, ils se sont appuyés sur différentes sources françaises, européennes et internationales, notamment l’étude INCA3 de l’ANSES, la cohorte NutriNet-Santé et les données de l’EFSA, de l’OCDE et de la FAO. Trois scénarios pour 2050 ont été particulièrement étudiés : TYFA, Afterres2050 et SISAE. Les auteurs les ont également comparés au régime de santé planétaire proposé par la commission EAT-Lancet.

Les légumineuses possèdent plusieurs atouts nutritionnels. Sous forme sèche, elles contiennent généralement 20 à 25 g de protéines pour 100 g, ainsi que des quantités importantes de fibres. Elles apportent également du fer, du zinc, du magnésium et des folates et présentent généralement un indice glycémique relativement faible.
Les études synthétisées dans la revue suggèrent également des bénéfices potentiels pour la santé cardiovasculaire et métabolique. Une consommation plus importante a notamment été associée à une diminution du risque cardiovasculaire ou de la mortalité cardiovasculaire. Certains essais cliniques rapportent aussi des effets favorables sur le LDL-cholestérol, la glycémie, la pression artérielle ou certains marqueurs inflammatoires.
Les différents scénarios étudiés prévoient tous une augmentation de la consommation de légumineuses. Le scénario TYFA envisage environ 30 g de légumineuses cuites par jour, tandis qu’Afterres2050 atteint environ 41 g dans ses scénarios les plus transformateurs. Selon les trajectoires envisagées par SISAE, les quantités pourraient aller de 26 à 90 g par jour. Le régime de santé planétaire EAT-Lancet propose quant à lui environ 75 g de légumineuses cuites par jour. Cette augmentation s’accompagne généralement d’une réduction de la consommation de viande. Les recommandations françaises vont déjà dans cette direction puisqu’elles préconisent de manger des légumineuses au moins deux fois par semaine. Selon la conversion proposée dans la revue, cela représenterait environ 400 g par semaine, soit une moyenne de 57 g par jour.
Les données françaises montrent que les légumineuses restent peu présentes dans les assiettes. Dans l’étude INCA3, les adultes consommaient en moyenne seulement 7,7 g de légumineuses cuites par jour. Seuls 14,7 % des adultes en avaient consommé pendant les trois jours de recueil alimentaire. Chez ces consommateurs, la quantité atteignait en revanche 52,4 g par jour. La consommation dépend fortement du type d’alimentation. Les données de NutriNet-Santé montrent ainsi une consommation moyenne d’environ 11,5 g par jour chez les omnivores, contre 32,8 g chez les végétariens et 73,2 g chez les végétaliens. L’écart entre les recommandations et les consommations observées reste donc important.
Pour les auteurs, informer sur les bénéfices nutritionnels ne suffira probablement pas. Plusieurs leviers pourraient être combinés : développer la présence dans la restauration collective, améliorer la visibilité en magasin, proposer davantage de produits pratiques, utiliser des incitations économiques et renforcer l’apprentissage culinaire. Certaines interventions montrent notamment que présenter les plats végétaux sous un angle gourmand plutôt que strictement nutritionnel peut favoriser leur sélection.
→ En conclusion, les Français consomment actuellement beaucoup moins de légumineuses que les quantités envisagées dans la plupart des scénarios alimentaires pour 2050. Riches en protéines végétales et en fibres, lentilles, pois chiches, haricots ou fèves pourraient prendre une place croissante dans une alimentation davantage végétalisée. Mais pour y parvenir, les auteurs estiment nécessaire d’aller au-delà des recommandations nutritionnelles et d’agir également sur l’offre, la restauration collective, la facilité de préparation et les habitudes culinaires.
« Consommation de légumineuses à graines en France : où en est-on et quelles stratégies pour être en cohérence avec les scénarios prospectifs 2050 ? »
Article publié le 18 août 2026 dans Cahiers de Nutrition et Diététique
Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1016/j.cnd.2026.07.001
Photo d’illustration issue de la banque d’images Pexels. Crédit : Viktor Smith