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La perception d’une alimentation saine évolue aux États-Unis. Si les critères nutritionnels restent présents, la composition des produits, leur degré de transformation et la simplicité des listes d’ingrédients prennent une place croissante. C’est l’un des principaux enseignements de l’édition 2026 de la Food & Health Survey de l’International Food Information Council (IFIC), qui s’intéresse cette année aux recommandations alimentaires et aux aliments transformés.

Réalisée en ligne auprès de 3 005 Américains âgés de 18 à 80 ans entre le 22 mars et le 8 avril 2026, l’enquête analyse les perceptions et comportements déclarés en matière d’alimentation et d’achat. Les résultats ont été pondérés selon plusieurs critères démographiques afin de refléter la population américaine. Cette édition intervient quelques mois après la publication des nouvelles Dietary Guidelines for Americans 2025-2030.

La notion d’aliment « sain » évolue

Depuis 2022, l’IFIC demande aux consommateurs de sélectionner, parmi une vingtaine de propositions, les cinq critères qui définissent le mieux selon eux un aliment sain. En 2026, la fraîcheur arrive en tête, citée par 40 % des répondants, devant le fait d’être une bonne source de protéines (33 %) ou de nutriments comme le potassium ou la vitamine D (31 %). La faible teneur en sucres, qui figurait jusqu’alors parmi les trois premiers critères, recule à 29 %.

Mais l’évolution la plus marquante concerne la composition et la transformation. Entre 2022 et 2026, le critère « peu ou pas d’ingrédients artificiels ou de conservateurs » progresse de 10 points, celui relatif à un nombre limité d’ingrédients de 7 points et celui d’une transformation minimale ou inexistante de 6 points. Ce sont les trois plus fortes progressions observées sur cette période.

La tendance s’accentue en 2026 : par rapport à 2025, davantage de consommateurs associent un aliment sain à son caractère « naturel » ou « frais », tandis que plusieurs critères nutritionnels sont moins souvent cités : bonne source de protéines (-5 points), faible teneur en sucres (-5), en sodium (-4), en glucides (-3) ou en graisses saturées (-2). La perception de ce qui constitue un aliment sain semble ainsi s’élargir au-delà des seuls nutriments.

« Ultratransformé » : un terme de plus en plus familier

Cette évolution intervient alors que la notion d’aliment ultratransformé gagne rapidement en visibilité. En 2026, 52 % des Américains déclarent connaître le terme, contre 44 % en 2025 et 32 % en 2024. En seulement deux ans, la proportion a progressé de 20 points. À l’inverse, 33 % indiquent ne pas connaître le terme et 15 % ne savent pas s’ils le connaissent.

Pour autant, connaître le terme ne signifie pas nécessairement savoir comment identifier un aliment ultratransformé. Parmi les consommateurs qui en ont entendu parler, 56 % indiquent qu’ils utiliseraient la liste des ingrédients pour déterminer si un produit appartient à cette catégorie et 51 % consulteraient le tableau nutritionnel.

Les sources mobilisées tendent cependant à se diversifier. Près d’un quart des répondants familiers de la notion déclarent qu’ils pourraient s’appuyer sur leur propre jugement (23 %) ou interroger un assistant d’intelligence artificielle (23 %). Le recours potentiel à l’IA progresse de 5 points en un an, tandis que l’utilisation de son propre jugement augmente de 12 points. L’évaluation du degré de transformation apparaît construite à partir d’informations présentes sur l’emballage, mais aussi d’interprétations individuelles et de nouvelles sources d’information.

Emballé, transformé et ultratransformé : des perceptions différentes

L’un des enseignements intéressants de l’enquête réside dans la distinction opérée par les consommateurs entre différentes qualifications des aliments. Un produit « emballé » n’est pas nécessairement perçu comme incompatible avec une alimentation saine : 72 % des répondants estiment qu’un aliment emballé peut certainement ou probablement trouver sa place dans une alimentation saine.

La perception se dégrade lorsque le terme « transformé » est utilisé : 49 % considèrent encore que ces aliments peuvent s’intégrer dans une alimentation saine, tandis que 44 % pensent le contraire.

L’appréciation devient nettement plus défavorable pour les aliments qualifiés de « fortement transformés » ou « ultratransformés ». Seuls 32 % considèrent que ces aliments peuvent s’inscrire dans une alimentation saine. Cette proportion tombe à 30 % pour les aliments ultratransformés.

Dans l’esprit des répondants, emballage et transformation ne sont donc pas synonymes, et la perception se détériore à mesure que le vocabulaire employé suggère un degré de transformation plus important.

Un critère d’achat qui ne conduit pas systématiquement à l’éviction

La transformation intervient désormais dans la réflexion au moment de l’achat. Près de trois Américains sur quatre (73 %) déclarent prendre en compte le caractère transformé d’un aliment avant de l’acheter. Cette proportion reste élevée mais diminue significativement par rapport à 2025, où elle atteignait 80 %.

Prendre en compte la transformation ne signifie pas systématiquement éviter le produit. Seuls 13 % déclarent toujours éviter les aliments transformés et 41 % les éviter parfois. À l’inverse, 19 % prennent en considération le fait qu’un aliment soit transformé sans pour autant l’éviter. Enfin, 24 % ne tiennent pas compte de ce critère lors de leurs achats et 3 % déclarent ne pas savoir ce qui caractérise un aliment transformé.

L’enquête met en évidence un écart entre l’attention portée à la transformation et son influence effective sur les comportements déclarés : elle constitue un critère d’évaluation pour une large majorité des consommateurs, sans devenir pour autant un critère systématique d’exclusion.

Des recommandations plus faciles à appliquer lorsqu’elles invitent à « ajouter »

Les nouvelles recommandations alimentaires américaines semblent aussi influencer les comportements déclarés. Au cours des douze derniers mois, 50 % des répondants indiquent avoir fait l’effort de consommer des fruits et légumes tout au long de la journée et 49 % de « manger de vrais aliments ». Ils sont 44 % à avoir essayé de limiter les sucres ajoutés, 43 % à manger la quantité adaptée et 36 % à limiter les aliments fortement transformés.

La capacité à maintenir ces comportements varie fortement. Parmi ceux ayant essayé de les mettre en œuvre, 79 % jugent facile de consommer régulièrement des fruits et légumes et la même proportion de « manger de vrais aliments ». À l’inverse, seuls 62 % considèrent facile de limiter durablement les aliments fortement transformés, 60 % les sucres ajoutés et 58 % les glucides raffinés.

L’IFIC relève que les recommandations consistant à intégrer certains aliments à son alimentation semblent plus faciles à maintenir que celles reposant sur une restriction. La perception de leur impact diffère aussi : parmi les personnes ayant entrepris au moins une de ces actions, 19 % considèrent que manger des fruits et légumes tout au long de la journée a eu le plus grand impact sur leur santé. Limiter les aliments fortement transformés n’est cité que par 9 %.

La praticité passe devant la santé dans les décisions d’achat

Cette attention croissante portée à la transformation doit être replacée dans les arbitrages qui déterminent réellement les achats alimentaires. Depuis vingt ans, leur hiérarchie était restée inchangée dans l’enquête IFIC : goût, prix, santé puis praticité.

En 2026, cette hiérarchie évolue pour la première fois. Le goût demeure largement en tête, avec 88 % des répondants déclarant qu’il exerce une forte influence sur leurs achats, devant le prix à 78 %. Mais la praticité atteint désormais 61 % et dépasse la dimension santé, citée par 56 %. La durabilité environnementale reste le critère le moins influent, à 30 %. Le revenu module cependant ces arbitrages. Dans les foyers aux revenus les plus élevés, la santé repasse ainsi devant la praticité.

L’édition 2026 de la Food & Health Survey dessine donc une perception de l’alimentation saine qui ne repose plus uniquement sur le profil nutritionnel. Fraîcheur, naturalité, simplicité de la formulation et degré de transformation prennent davantage de poids dans l’évaluation des aliments. Mais cette évolution des représentations ne se traduit pas mécaniquement par l’éviction des produits transformés. Au moment de l’achat, les consommateurs continuent de composer avec des critères très concrets : le goût et le prix restent largement dominants et, pour la première fois en vingt et un ans d’enquête, la praticité devance même la santé.

Source : IFIC, 2026 Food & Health Survey – Dietary Guidelines & Processed Foods, 2026.