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Une récente publication du CRÉDOC met en lumière un paradoxe persistant en France : si les recommandations nutritionnelles sont largement connues, elles restent encore insuffisamment suivies par la population. Cette situation interroge l’efficacité des politiques de santé publique et les freins concrets qui empêchent leur mise en pratique.
Depuis la mise en place du Programme National Nutrition Santé (PNNS) en 2001, les messages de prévention se sont largement diffusés. Aujourd’hui, une grande majorité de Français connaît les principales recommandations, notamment celle de consommer au moins cinq portions de fruits et légumes par jour. Pourtant, cette connaissance ne se traduit pas en comportements : seuls 16 % des Français atteignent réellement cet objectif. Le constat est similaire pour les produits laitiers, dont les recommandations sont moins connues et encore moins respectées : seuls 42% des français connaissent la recommandation « 2 produits laitiers par jour » et seulement 12% en consomment plusieurs par jour.
L’étude met en évidence des écarts significatifs selon les profils, et des inégalités sociales et générationnelles marquées. En effet, les femmes respectent davantage les recommandations que les hommes, et les personnes âgées adoptent aussi davantage les consignes alimentaires par rapport aux plus jeunes. Le niveau d’éducation joue également un rôle : les individus les plus diplômés sont plus nombreux à suivre les repères nutritionnels. Ces différences traduisent des inégalités sociales face à l’alimentation, où les connaissances, les habitudes culturelles et les conditions de vie influencent fortement les pratiques.
Le facteur économique apparaît comme un frein majeur au respect des recommandations nutritionnelles : une part importante de la population déclare devoir limiter ses dépenses alimentaires, et certains ménages sont en situation de précarité alimentaire. Dans ce contexte, les produits considérés comme sains, notamment les fruits et légumes, deviennent moins accessibles. L’inflation accentue ce phénomène, avec une hausse significative des prix de ces produits, renforçant les arbitrages au détriment de la qualité nutritionnelle.
Au-delà des contraintes financières, l’étude du CREDOC montre que les modes de vie jouent également un rôle déterminant. De plus en plus de Français déclarent vouloir consacrer moins de temps à cuisiner (34% en 2018 contre 45% en 2025). L’étude montre que l’intérêt pour la cuisine est fortement corrélé au respect des recommandations : ceux qui aiment cuisiner adoptent plus facilement une alimentation saine. À l’inverse, lorsque l’alimentation répond à une fonction d’utilité, centrée sur la praticité, l’adhésion aux repères nutritionnels est limitée.
Autre évolution notable : le lien entre alimentation et santé semble moins évident pour une partie de la population. Alors qu’il était largement reconnu il y a quelques années, ce lien est aujourd’hui moins spontanément évoqué, au profit d’autres leviers comme le suivi médical. Parallèlement, des outils comme le Nutri-Score sont désormais très connus et jugés utiles par une majorité de consommateurs, influençant les choix d’achat. Toutefois, leur impact reste partiel et ne suffit pas à garantir une alimentation équilibrée.
En définitive, cette étude du CREDOC souligne que la diffusion de l’information ne suffit pas à modifier durablement les comportements alimentaires. Les obstacles sont multiples : économiques, culturels, pratiques. Pour améliorer l’alimentation des Français, les politiques publiques devront donc aller au-delà de la sensibilisation, en agissant sur l’accessibilité des produits, l’éducation alimentaire et les conditions de vie.
Source : Des recommandations bien connues… mais peu suivies, Mathilde Gressier, Marianne Bléhaut, Nolwenn Paquet, Franck Lehuédé, CREDOC, Mars 2026.