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Les politiques d’étiquetage nutritionnel en face avant (Front-of-Pack, FOP) se sont imposées ces dernières années comme un outil majeur de santé publique. Comme le Nutri Score en France, ces dispositifs visent à orienter les choix des consommateurs vers des produits plus favorables à la santé.

Au Canada, une réglementation obligatoire est entrée en application au 1er janvier 2026. Les produits préemballés dépassant certains seuils en sucres, sodium ou acides gras saturés devront afficher un symbole « riche en » (« high-in »). L’objectif est de réduire l’exposition de la population aux nutriments associés au risque cardiométabolique.

L’objectif principal de cette étude était d’explorer la validité prédictive d’indices alimentaires mesurant l’alignement avec la réglementation canadienne de FOP, en évaluant leur association avec les taux de journées d’hospitalisation toutes causes confondues et en les comparant à l’indice alimentaire DASH, utilisé comme référence robuste de la qualité globale du régime alimentaire.

Les chercheurs ont utilisé les données de l’enquête nationale canadienne de nutrition (CCHS 2004), appariées aux bases administratives hospitalières, permettant un suivi longitudinal sur 5 et 10 ans. L’analyse porte sur 14 249 adultes représentatifs de la population canadienne, âgés de 20 à 79 ans.

Les auteurs ont construit un indice d’alignement à la réglementation FOP, appelé FOP-Compliance Index (FOP-CI). Cet indice mesure la proportion d’énergie quotidienne provenant d’aliments qui, selon les seuils réglementaires actuels, auraient nécessité l’affichage d’un symbole « high-in ». Plus le score est élevé, plus le régime est désaligné de la politique nutritionnelle. Les auteurs ont également testé deux scénarios supplémentaires : un scénario sans exemptions réglementaires, et un scénario incluant la restauration rapide et les aliments hors domicile. En parallèle, un indice DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension), reconnu pour refléter la qualité globale du régime alimentaire, a servi de référence comparative.

Concernant les résultats. À 5 ans, les individus dont l’alimentation est la moins alignée avec les seuils FOP présentent une augmentation de 52 % des journées d’hospitalisation par rapport au groupe le plus aligné. À 10 ans, l’association persiste dans le temps : +34 % de journées d’hospitalisation, avec un effet encore plus marqué chez les hommes (+50 %). Cette dimension temporelle renforce la plausibilité biologique : les maladies non transmissibles associées à une alimentation déséquilibrée s’installent progressivement. L’étude montre que le système canadien, bien que centré uniquement sur trois nutriments (sucres, sodium, acides gras saturés), capte une part significative du risque associé à l’alimentation. Cependant, les associations observées sont parfois moins fortes que celles obtenues avec l’indice DASH, qui intègre une vision plus globale du régime alimentaire.Plusieurs limites sont à considérer : les données alimentaires sont auto-déclarées et la mesure du régime a été faite à un seul moment. De plus, il s’agit également d’une analyse pré-implémentation : les seuils ont été appliqués rétrospectivement à des données antérieures à la mise en place du système.

En conclusion, cette étude canadienne montre qu’un régime alimentaire fortement composé de produits dépassant les seuils « high-in » est associé à une augmentation significative des journées d’hospitalisation sur 5 et 10 ans. L’étiquetage nutritionnel en face avant n’est donc pas uniquement un outil d’information consommateur ; il pourrait être un instrument mesurable de réduction du fardeau hospitalier.

 

« Alignment with front-of-package labeling policy and risk of hospitalization: evidence from Canadian National Nutrition Survey linked to routinely collected health administrative databases »

Article publié le 8 janvier 2026 dans The American Journal of Clinical Nutrition

Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1016/j.ajcnut.2025.101191