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Le 27 janvier 2026 marque une étape attendue de longue date : la publication officielle de la version actualisée du Nutrient Profiling Model 2018 (NPM 2018) par le gouvernement britannique. Cette mise à jour met fin à plusieurs années d’attente pour aligner cet outil structurant des politiques alimentaires avec les recommandations diététiques les plus récentes.

Développé initialement en 2004-2005 par la Food Standards Agency (FSA), le modèle de profilage nutritionnel visait à encadrer la publicité alimentaire. Depuis 2007, les produits classés comme « moins sains », appelés aussi « HFSS » (high in fat, sugar and salt), ne peuvent plus faire l’objet de publicité directe auprès des enfants. Le NPM est ensuite devenu la base d’autres textes majeurs, notamment les règlements relatifs à la publicité des aliments moins sains ainsi qu’à leur promotion et présentation en point de vente.

En 2018, un travail approfondi de révision a été conduit avec pour objectif de moderniser le modèle pour refléter les recommandations du Comité consultatif scientifique sur la nutrition (Scientific Advisory Committee on Nutrition (SACN)), l’un des comités du Bureau pour l’amélioration de la santé et la réduction des inégalités (Office for Health Improvement and Disparities (OHID)).

 

Quels changements retenir de cette actualisation du NPM ?

Les principales évolutions du NPM 2018 par rapport au modèle 2004-2005 sont structurantes :

  • Les sucres libres remplacent désormais les sucres totaux dans le calcul du score nutritionnel, conformément aux recommandations du SACN et de l’OMS.

N.B. : les sucres libres sont définis comme tous les sucres ajoutés sous quelque forme que ce soit, y compris : miel, sirops et nectars ; tous les sucres naturellement présents dans les jus de fruits et de légumes, les smoothies, les purées et les pâtes, et les produits similaires dont la structure a été décomposée ; tous les sucres contenus dans les boissons (à l’exception des boissons à base de produits laitiers) ; le lactose et le galactose ajoutés comme ingrédients.

  • Les seuils de teneur en sucres et de densité énergétique ont été abaissés, réduisant mécaniquement la probabilité pour les produits riches en sucres et en énergie d’obtenir un score favorable.
  • Les graines sont intégrées dans la composante fruits/légumes/noix, au regard de leur profil nutritionnel comparable à celui des noix.
  • Le système de notation des fibres et des protéines a été revu pour correspondre aux apports nutritionnels recommandés chez l’adulte : les aliments riches en fibres peuvent désormais obtenir jusqu’à 10 points positifs.

Toutefois, il est important de souligner qu’une teneur élevée en sucres libres peut toujours conduire au classement HFSS, même en présence d’atouts nutritionnels.

Des instructions techniques détaillées accompagnent cette publication. Elles précisent le système de notation révisé ainsi que les méthodes de calcul des sucres libres et de la teneur en fruits, légumes, noix et graines. Pour les industriels, ces calculs peuvent s’avérer complexes, notamment pour les produits multi-ingrédients comportant différentes sources de sucres libres. L’absence d’indication directe des sucres libres sur l’étiquetage impose des estimations fondées sur des méthodologies spécifiques. En effet, le contenu en sucres libres n’est pas directement indiqué sur les étiquettes et requiert une estimation via des arbres de décision fournis dans le document d’orientation technique ; de même, les fibres alimentaires ne sont pas toujours déclarées et le calcul de leur teneur repose sur des méthodes analytiques spécifiques (méthode AOAC).

 

Zoom sur l’application de ce modèle de profilage nutritionnel

Le principe général reste inchangé : le NPM évalue les produits pour 100 g en attribuant des points aux nutriments ou composants alimentaires selon leur teneur dans le produit.

  • Des points « A » sont attribués aux nutriments dits « négatifs » : énergie, sucres libres, graisses saturées, sel ;
  • et des points « C » sont attribués aux composants dits « positifs » : fruits, légumes, noix, graines, fibres, protéines.

Plusieurs cas de figure sont possibles :

1) Moins de 11 points « A »

Si un aliment ou une boisson obtient moins de 11 points « A », le score global est calculé en soustrayant le total des points « C » du total des points « A » comme suit.

Total des points « A » [(points pour l’énergie) + (points pour les graisses saturées) + (points pour les sucres libres) + (points pour le sel)] Total des points « C » [(points pour les protéines) + (points pour les fruits, légumes, noix et graines) + (points pour les fibres)].

2) 11 points « A » ou plus

  • Si un aliment ou une boisson obtient 11 points « A » ou plus ET 5 points pour les fruits, les légumes, les noix et les graines, alors le score des protéines est inclus. Le score global est donc calculé en soustrayant le total des points « C » du total des points « A », comme le calcul ci-dessus.
  • Si un aliment ou une boisson obtient 11 points « A » ou plus, mais moins de 5 points pour les fruits, les légumes, les noix et les graines, le score des protéines n’est pas pris en compte. Le score global est alors calculé en soustrayant le total des points « C » du total des points « A », comme suit :

Total des points « A » [(points pour l’énergie) + (points pour les graisses saturées) + (points pour les sucres libres) + (points pour le sel)] Total des points « C » [(points pour les fruits, légumes, noix et graines) + (points pour les fibres)].

Plus le score est élevé, plus le produit est considéré comme « moins sain », selon des seuils distincts pour les aliments et les boissons, déterminant la classification HFSS :

  • Un aliment est classé comme « moins sain » s’il obtient ≥ 4 points.
  • Une boisson est classée comme « moins saine » si elle obtient ≥ 1 point.

 

Quels impacts pour les professionnels de l’agroalimentaire ?

Pour l’industrie agroalimentaire, l’un des défis principaux est lié à ces exigences techniques. Par exemple, les produits composés et ceux avec ingrédients transformés (comme les purées de fruits) nécessitent une analyse minutieuse pour déterminer le contenu réel de sucres libres ou de composants favorables. Cela complique l’évaluation des scores et donc la planification de reformulations ou d’innovations produit conformes au modèle : un même produit pourrait être perçu comme moins sain selon son score, même s’il intègre des composants nutritifs appréciés dans d’autres contextes alimentaires.

Bien que le NPM 2018 ne soit pas encore intégré dans les réglementations comme critère légal, il offre un aperçu clair de l’orientation réglementaire future du Royaume-Uni en matière de santé publique. Pour les professionnels de l’agroalimentaire, cette publication ne constitue donc pas seulement une mise à jour technique : elle confirme l’orientation stratégique des politiques britanniques en matière de reformulation, de marketing et de promotion. Anticiper l’impact du NPM 2018 sur les portefeuilles produits, en particulier pour les catégories à forte densité énergétique ou sucrée, devient un enjeu clé dans toute stratégie d’accès ou de maintien sur le marché britannique.

Les industriels doivent donc se familiariser dès maintenant avec les méthodologies de calcul et anticiper l’impact potentiel sur la publicité, la promotion ou encore l’étiquetage nutritionnel, particulièrement pour les marchés export vers le Royaume-Uni.

 

Sources :

Modèle de profilage nutritionnel 2018, Site internet du Gouvernement britannique, 27/01/2026

Modèle de profilage nutritionnel 2018 : guide technique, Site internet du Gouvernement britannique, 27/01/2026

Modèle britannique de profilage nutritionnel : résultats de l’examen et de la consultation, Site internet du Gouvernement britannique, 27/01/2026.

Photo d’illustration : Pexels.