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Le fructose est régulièrement pointé du doigt dans les débats sur la santé cardiométabolique. Pourtant, tous les aliments contenant du fructose n’ont pas les mêmes effets sur l’organisme. Les fruits, les jus de fruits et les boissons sucrées peuvent contenir des quantités comparables de fructose par portion, mais leurs effets sur la pression artérielle et le risque d’hypertension semblent diverger.

Les auteurs ont cherché à déterminer si les effets du fructose sur la pression artérielle dépendent de la matrice alimentaire dans laquelle il se trouve. Pour cela, ils ont combiné deux approches complémentaires :

  • Une analyse épidémiologique dans une large cohorte populationnelle (The Maastricht Study).
  • Un essai clinique randomisé en cross-over (The Fructomatrix Study) comparant l’impact aigu de 20 g de fructose consommés sous différentes formes.

L’hypothèse était que le fructose “isolé” ou consommé via des boissons sucrées provoquerait des effets plus marqués sur la pression artérielle que le fructose consommé via des fruits entiers.

L’analyse de cohorte a inclus entre 5 400 et 6 400 adultes âgés de 40 à 75 ans. L’apport en fructose a été estimé via un questionnaire alimentaire validé et classé en quatre catégories :

  • Fructose total
  • Fructose issu des fruits
  • Fructose issu des jus de fruits
  • Fructose issu des boissons sucrées

Dans l’essai randomisé en cross-over, 21 adultes en bonne santé ont consommé, à quatre occasions distinctes, exactement 20 g de fructose sous différentes formes : pomme entière, pomme écrasée, jus de pomme, fructose pur dissous dans l’eau. Les concentrations sériques de fructose ont été mesurées toutes les 15 minutes pendant 150 minutes, ainsi que la pression artérielle.

Les résultats de l’étude de cohorte montrent que l’apport total en fructose n’était pas associé à la pression artérielle. En revanche, le fructose issu des boissons sucrées était associé à : une augmentation de la pression artérielle moyenne sur 7 jours, une augmentation de la pression artérielle en consultation et à un risque accru d’hypertension. Ainsi, une augmentation de 10 g/jour de fructose provenant des boissons sucrées correspondait à une élévation d’environ 1,5 mmHg de la pression systolique moyenne sur 7 jours. Le fructose issu des fruits n’était pas associé à une augmentation de la pression artérielle, et pouvait même présenter une association protectrice dans certains sous-groupes.

Les résultats de l’essai clinique montrent que le fructose dissous dans l’eau provoquait la plus forte apparition de fructose dans le sérum. L’augmentation de la pression systolique était plus importante après fructose dissous dans l’eau que pour les trois autres matrices dérivées de la pomme. Une corrélation intra-individuelle significative était observée entre la réponse sérique en fructose et la variation de pression diastolique. Ces résultats suggèrent que la vitesse d’absorption et la dynamique systémique du fructose sont déterminantes.

Les auteurs proposent un mécanisme d’action : une ingestion rapide (boissons sucrées, fructose dissous) pourrait saturer le métabolisme intestinal du fructose. Cela entraînerait un déroutage vers la circulation systémique et le foie. Une augmentation du fructose circulant pourrait stimuler la réabsorption rénale de sodium. Les fruits contiennent des fibres, antioxydants et micronutriments susceptibles d’atténuer ces effets.

En conclusion, cette étude apporte une démonstration combinée, épidémiologique et expérimentale, que la matrice alimentaire modifie significativement l’impact du fructose sur la pression artérielle. Le fructose issu des boissons sucrées est associé à une élévation mesurable de la pression artérielle, tandis que le fructose présent dans les fruits ne présente pas cet effet.  À l’échelle individuelle, l’augmentation observée peut sembler modeste. Mais à l’échelle populationnelle, une variation moyenne de 2 mmHg de pression systolique est associée à une réduction significative du risque d’événements cardiovasculaires.

 

« The effects of dietary fructose on blood pressure are modified by the food matrix »

Article publié le 1er novembre 2025 dans Clinical Nutrition

Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.1016/j.clnu.2025.10.017

Photo d’illustration issue de la banque d’images Pixabay. Crédit : Silviarita