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Temps estimé - 7 min
Les boissons fermentées, dont la bière, sont parfois associées à des effets antioxydants et anti-inflammatoires lorsque leur consommation reste modérée. En parallèle, les microARN, de petits ARN non codants qui régulent l’expression des gènes, sont aujourd’hui considérés comme des marqueurs et acteurs potentiels de voies biologiques clés, comme celles de l’inflammation, de l’immunité et du stress oxydatif.
Cette étude vise à déterminer si une consommation régulière et modérée de bière est associée à des modifications mesurables de l’expression de miRNA dans le sang chez des adultes en surpoids ou obèses mais considérés comme “métaboliquement stables”.

Il s’agit d’une analyse secondaire au sein d’un essai clinique randomisé, cross-over, comprenant deux périodes d’intervention de 4 semaines séparées par un wash-out de 4 semaines, après une phase sans bière ni autres boissons fermentées/alcoolisées. La cohorte incluait 36 adultes (40–60 ans), en surpoids (IMC de 28 à 29,9 kg/m²) ou obésité (IMC de 30 à 35 kg/m²), tous consommateurs modérés de bière au départ. Pendant les phases d’intervention, les hommes consommaient 600 mL/j (2 canettes) et les femmes 300 mL/j (1 canette) de bière traditionnelle ou sans alcool d’une même marque. La bière sans alcool apportait 0 g d’alcool et 414 mg de polyphénols par canette, tandis que la bière traditionnelle apportait 15 g d’éthanol (5,7%) et 604 mg de polyphénols par canette. Les prélèvements sanguins (jeûne 10–14 h) étaient réalisés au début et en fin de chaque phase d’intervention. Les miRNA ont été analysés en deux étapes :
- Découverte : un criblage haut débit par microarray chez un sous-groupe (n = 10) comparant bière traditionnell et ligne de base.
- Validation ciblée : quantification par RT-qPCR des miRNA sélectionnés dans l’ensemble de la cohorte (n = 36) après bière traditionnelle et après bière sans alcool, avec normalisation.
Enfin, des analyses bioinformatiques ont été utilisées pour prédire les gènes cibles et les voies potentiellement associées.
Le criblage microarray (n=10, bière traditionnelle) identifie 202 miRNA différentiellement exprimés après 4 semaines dont 68 régulés à la hausse et 134 régulés à la baisse. Parmi eux, 20 miRNA ont été retenus pour suite. Lors de la validation RT-qPCR dans la cohorte complète (n=36), seules 6 molécules parmi les miRNA sélectionnés répondaient aux critères de qualité et de détection robuste. À l’échelle de la population totale, les analyses individuelles ne montrent pas de différence significative avant/après intervention (bière traditionnelle ou sans alcool) sur ces miRNA. En revanche, l’analyse stratifiée par sexe met en évidence une réponse différenciée : après l’intervention avec la bière traditionnelle, les femmes présentent une augmentation significative de miR-144-5p et de miR-19a-3p alors que chez les hommes la tendance est plutôt à la baisse. Cet effet est moins net après bière sans alcool.
Les analyses in silico suggèrent que les gènes cibles prédits de miR-144-5p et miR-19a-3p sont impliqués dans des voies liées à la régulation immunitaire et inflammatoire, notamment TGF-β, et apoptose. Les auteurs proposent un schéma où la modulation de cibles pourrait converger vers une diminution prédite d’IL1B/CASP1 (donc une atténuation potentielle de signaux pro-inflammatoires), tout en soulignant le caractère hypothétique de cette approche.
→ En conclusion, cette étude montre, chez des adultes en surpoids/obésité, qu’une consommation modérée de bière sur 4 semaines s’accompagne de changements détectables dans l’expression de miRNA sanguins, avec un signal plus marqué chez les femmes. Les résultats soutiennent l’idée qu’une partie des réponses biologiques à certaines expositions alimentaires (ici une boisson fermentée) pourrait impliquer une modulation épigénétique mesurable, ouvrant la voie à des travaux mécanistiques (inflammation, immunité, voies TGF-β).
Plusieurs points limitent la portée des conclusions. D’abord, les miRNA sont mesurés dans le sang (signal systémique), ce qui ne permet pas d’inférer des effets tissu-spécifiques. Par ailleurs, les mécanismes proposés reposent sur des prédictions in silico. Enfin, l’essai est ouvert et l’intervention combine plusieurs composantes (alcool + polyphénols + contexte “avec repas”), rendant difficile l’attribution causale à un déterminant unique, d’autant que les doses diffèrent selon le sexe.
« miRNA Expression Profile in Whole Blood of Healthy Volunteers and Moderate Beer Consumption with Meals »
Article publié le 1er janvier 2026 dans Nutrients
Lien (article en accès libre) : https://doi.org/10.3390/nu18010149
Photo d’illustration issue de la banque d’images Pixabay. Crédit : Republica